Need for Speed, l’enfer sur Terre pour certains gamers, le meilleur du jeu de course pour d’autres. Le premier jeu de la saga débarque en Europe en 1996. A l’époque, Electronic Arts est encore un petit éditeur, et le succès du premier opus va inciter le studio à sortir cinq autres jeu NFS jusqu’en 2003 où Black Box Studio deviendra le développeur en titre de la série. Cette année-là, la licence va prendre le virage des courses de rue avec Underground, le succès est total.

2005, après un excellent Underground 2, Most Wanted marque l’histoire du jeu vidéo. La légende venait de naître. Electronic Arts prit alors les choses en main en imposant à Black Box  de sortir un Need for Speed chaque année, rythme que le studio ne pouvait pas tenir. Les épisodes de Need for Speed devenaient plus médiocres chaque année. Carbon (2006) fut le début de la fin pour la série, jusqu’à Undercover (2008) qui toucha littéralement le fond.

Pendant qu’EA multipliait les projets autour de Need for Speed avec d’autres studios de développement, Black Box s’essaya même au jeu en ligne avec NFS World. Un nouvel échec. Si les uns comme les autres ont raison sur la qualité de la série, peu d’entre eux connaissent l’expérience ultime que Black Box Studio a tenté en 2011 avant de tirer définitivement sa révérence, cédant sa place à d’autres développeurs.

Pour son dernier jeu, le studio a fait le pari de tout remettre en question, ce qui signifie que le produit final n’a que peu de chose à voir avec la série duquel il est issu. Les fans de la première heure n’y trouveront sans doute pas leur compte, les autres oscilleront entre l’émerveillement et l’agacement en passant par l’incompréhension. On ne pourra pas en vouloir à ceux qui pesteront : bugs, crashs, optimisation douteuse, le jeu accumule des tares qui rebuteront d’entrée de jeu bon nombre de joueurs.

Pourtant, pour ceux qui accepteront d’ouvrir leurs chakras, Need for Speed The Run est une expérience unique en son genre à la croisée de la survie et du jeu de course. Plus qu’une épreuve, il s’agit d’un défi extrême et total destiné à distinguer les pilotes confirmés des débutants.

Vous incarnez Jack, un pilote borderline qui a énervé les mauvaises personnes. La mafia vous pourchasse et votre seule échappatoire sera de participer à la plus grande, la plus dangereuse et intense course de l’histoire de l’automobile : Le Run.

Le départ est donné à San Francisco où plus de deux cent autres pilotes viendront tenter leur chance d’empocher la récompense de vingt-cinq million de dollars qui les attend à New York. Seul le premier touchera le pactole, pendant que les autres rentreront chez eux sans voir l’ombre d’un copeck. Pour ceux comme moi qui ont du mal en géographie, le voyage San Francisco – New York traverse les Etats-Unis d’ouest en est pour un total de quatre mille sept cent soixante-dix-huit kilomètres de route.

Après avoir échappé de justesse à la mafia, vous voici donc à bord du véhicule que vous aurez choisi pour débuter votre périple, en train de quitter la ville de San Francisco. C’est à ce moment précis que les deux éléments les plus importants du jeu entrent en action : l’ambiance et le gameplay.

Le gameplay d’abord, avec une précision importante : oubliez la difficulté facile. Confrontez-vous directement au Run en jouant au moins en normal, votre satisfaction n’en sera que plus grande. Grâce à l’équilibrage de l’équipe de développement, au clavier comme avec une manette, vous ressentirez votre voiture comme si vous la conduisiez. Dérapages, accélérations, envolées, chacune de vos actions sera grisante tant le jeu est nerveux et réactif. Tout au long de votre périple, vous découvrirez plusieurs genre d’épreuves : les courses classiques, contre la montre, défis rivaux, durant lesquels il vous faudra vous trouver devant votre rival à la fin du temps impartit et épreuves de survie, les plus intéressantes, puisque des évènements indépendants de votre volonté et inattendus dans un jeu de course se produiront. Un seul objectif : survivre coute que coute.

Mais résumer le Run à une série de course serait terriblement réducteur, puisque certains passages ne se jouent pas en voiture, vous devrez alors appuyer sur les bonnes touches de votre manette avec doigté et reflexe pour vous en sortir vivant, la mafia et la police vous poursuivant à travers tout le pays. A titre d’exemple, le jeu s’ouvrira sur Jack au volant d’une Porsche Carrera 4S, poings liés au volant, s’apprêtant à se faire broyer par un compacteur. Il vous faudra agir rapidement pour vous détacher, sortir du véhicule et échapper à la mafia, bien décidée à vous voir mort.

Pour donner du corps à ce beau programme, vient le second élément déterminant de tout jeu vidéo : l’ambiance. En effet, cette grande course qu’est le Run serait insipide en l’état, manquant de caractère, de sens et consistance. Black Box a eu l’intelligence de soigner la mise en scène de son jeu, tant au niveau des cinématiques que des courses en elle-même. Les dialogues sont simples mais prenant, et chaque scène du jeu est filmé comme le serait un blockbuster à gros budget d’Universal. C’est crédible, prenant et intense, bien que le background du jeu aurait mérité plus de développement tout comme les personnages, mais le temps vous manque pour ce genre de considération, puisque le Run ne vous laissera aucun répit.

A noter que le jeu est physiquement et intellectuellement fatiguant, de par l’intensité générale du titre mais aussi grâce à sa bande son délicieusement composée par Bryan Tyler (Insaisissable, Iron Man 3, …). Très simplement, jamais un Need for Speed n’aura été aussi merveilleusement mis en musique. Tantôt symphonique, tantôt électronique, influencé de pop, country, rock et hip-hop, la bande son du jeu est une ode magistrale à la musique américaine au sens premier.

Votre périple s’articulera en dix étapes, et plus encore d’environnements différents. Désert, plaines, montagne, ville, côte, de jour comme de nuit, il vous faudra vous montrer adaptable au milieu de ces contrées gigantesques et soignées. Dépaysement garantit. Signalons aussi le système de station-service, des points de passages au sein des courses auxquels vous pourrez changer de véhicule. Si leur nombre est correct, ils ne sont pas disponibles fréquemment, choisissez prudemment avant de poursuivre ou vous pourriez le regretter.

Achevons cette présentation du Run en tâchant de synthétiser ce qui a été dit. Il s’agit d’une expérience très intense dans laquelle le sort s’acharnera comme jamais sur un pilote devant lutter pour sa vie. Need for Speed The Run est plus qu’un jeu de course en cela puisqu’y jouer pour dépasser ses concurrents n’a finalement que peu d’intérêt. Il vous faudra faire preuve de style et de talent pour réussir à vous faufiler entre le trafic et arriver à New York en un seul morceau. Vous serez néanmoins accompagné par une ambiance de qualité le temps du Run.

D’autres défis sont disponibles, ainsi qu’un mode multijoueur, mais ces contenus ne présentent que peu d’intérêt. Le panneau d’option graphique est assez décevant pour un jeu avec un tel moteur graphique, mais je le jeu à d’abord été développé pour console, le portage a certainement dû être fait dans un temps record.

Finalement, et sans vous spoiler la fin du jeu, votre seule envie sera de recommencer ce Run, parce que ce n’est pas ici le résultat qui compte, mais le chemin parcouru pour y parvenir. Parce qu’une vidéo sera certainement plus parlante qu’une image, voici un extrait de gameplay provenant du premier tiers du jeu. En un mot, dantesque.