Pour replacer Batman Arkham Asylum dans son contexte et comprendre ce qui le rend si particulier, il faut remonter en 2009. A l’époque, les jeux très cinématographiques s’étaient déjà fait une place à coup de moteur de jeu incroyables, de cinématiques en motion capture et de multijoueur en pagaille. Square Enix, alors en pleine phase de transition s’est associé à Warner pour produire un jeu Batman. On retrouve aussi un nom très connu : Eidos. C’est ici que les choses deviennent intéressantes, puisque rien de tout ça n’aurait été possible sans la pièce maîtresse de ce projet : Rocksteady. Beaucoup de noms et peu d’informations, oui, je sais, mais il était nécessaire d’introduire tous les acteurs avant d’expliquer leur rôle.

Batman est entre de bonnes mains

Batman est un personnage de l’univers DC Comics, propriété de Warner, il fallait donc leur autorisation expresse pour faire un jeu Batman. Le jeu en question a été édité par Square Enix/Eidos, bien connu pour Tomb Raider entre autres chose. Enfin, pour synthétiser et donner du corps à tout ça, quoi de mieux qu’un petit studio londonien : Rocksteady, le développeur. Très simplement, ce jeu a propulsé un studio jusqu’alors totalement inconnu au rang de superstar. Grâce aux moyens et au talent du studio, Batman est devenu une référence à suivre sur quasiment tous les plans. Très simplement, il est difficile de trouver un défaut au jeu.

Autant être honnête d’entrée de jeu : en ce qui me concerne, je ne connais pas franchement l’univers de Batman en dehors du jeu vidéo. J’ai trouvé la trilogie de Nolan formidable et les jeux de Rocksteady vraiment bons. En dehors de ça, ne demandez pas de relever toutes les références aux différents comics dans lesquels apparaît la chauve-souris, j’en serai de toute façon bien incapable. Cette précision étant faite, nous pouvons poursuivre !

Il fait nuit, Batman traverse la ville de Gotham dans sa Batmobile. Installé sur le siège arrière du véhicule, le Joker est étrangement silencieux. Menotté, ce dernier attend d’être transféré dans l’asile d’Arkham. Le commissaire Gordon est déjà sur place ainsi que les forces du GCPD pour sécuriser l’arrivée du plus fou des méchants de Gotham. A peine arrivée sur place et emmené vers sa cellule, le Joker nargue les forces de l’ordre et terrifie le personnel. De son côté, Batman ne comprends toujours pas pourquoi le Joker s’est rendu si facilement. Il y a quelque chose de louche.

Naturellement, Batman n’accompagnera pas le Joker jusqu’à sa cellule à cause des mesures de sécurité de l’asile. Accompagné seulement d’un soignant et d’un policier du GCPD, le Joker va profiter de la complicité d’Haley Queen pour s’échapper et entamer la prise de contrôle de l’asile d’Arkham. Oui, c’était clairement prévisible puisque nous n’aurions pas eu d’histoire dans le cas contraire. Néanmoins, comme dans le reste du jeu, ce n’est pas le scénario lui-même qui fera mouche mais sa mise en scène millimétrée. Le doublage français complet est absolument impeccable, et l’ambiance sinistre et mystérieuse de Gotham nous donne envie d’en dévoiler tous les secrets.

Des personnages connus pour une mise en scène irréprochable

Après d’intenses tribulations, Batman fini enfin par sortir du bâtiment ou le Joker pensais l’avoir piégé. Première surprise, l’incroyable monde ouvert du jeu. Si la carte en elle-même est plutôt petite, la densité des éléments de l’environnement est tout bonnement affolante. L’île regorge de grotte, chemins détournés, recoins divers, portes dérobées et trappes en tout genre. Le level design est tout bonnement délicieux, à tel point qu’on a sans cesse l’impression de découvrir de nouvelles choses, tout en voulant s’enfoncer encore dans les profondeurs de cet asile.

Batman Arkham Asylum réussit l’exploit d’être parfaitement linéaire en donnant toujours l’illusion de vous laisser libre de vos mouvements. Si l’aventure principale est un long couleur narratif qu’il faudra suivre pour faire progresser le jeu, cela reste toujours parfaitement naturel. On ne se retrouve jamais bloqué par un mur invisible et le sentiment de progression est constant. Au fil du jeu, vous récupérerez d’ailleurs de nombreux gadgets pour aider Batman à parvenir à ses fins. La classique Batarang assommera les ennemis et coupera les cordes. Le grappin permettra d’atteindre des zones inaccessibles mais servira aussi en combat. La tyrolienne servira à franchir les gouffres, le pistolet de gel explosif à détruire les murs fragiles et le séquenceur cryptographique à déverrouiller de nouvelles zones normalement inaccessibles.

Croyez-moi, il ne vous en faudra pas moins pour affronter tous les antagonistes de Batman présents dans le jeu. Chacun a ses propres forces et faiblesses de telle sorte qu’en fonction de la portion du jeu où vous vous trouverez, vous jouerez très différemment. Si j’ai déjà cité Harley Queen, je peux bien ajouter Bane, Killer Croc, Poison Ivy et surtout, l’Epouvantail. Chacun d’eux viendra vous mettre des bâtons dans les roues, parfois ensembles, parfois seul. Harley constituera par exemple votre principale source de problème durant la première moitié du jeu, aidant régulièrement les prisonniers les plus dangereux d’Arkham à s’évader. C’est ensuite Ivy qui lui volera la vedette.

Un jeu aux gameplays multiples

Pour arrêter cette fine équipe, Batman se montrera rapide, fort et agile. Qu’il s’agisse des phases de plateforme ou de celles de combats, le héros se montre maniable en toute circonstance. Mieux, le gameplay est d’une simplicité élémentaire, mais le jeu l’utiliser intelligemment. Les mécanismes basiques des combats reposent uniquement sur les boutons X et Y de la manette (vous pouvez parfaitement jouer au clavier, mais la manette reste plus confortable d’après moi). Malgré ça, ce n’est ni répétitif, ni inutilement bourrin. Le travail sur les animations est exemplaire, et sortir des combos de coups et des mouvement spéciaux est vraiment jouissif. Pour autant, l’aventure est loin d’être facile. La difficulté est en réalité croissante et toujours savamment dosée. De fait, vous ne maudirez jamais le jeu après un game over, ce dernier étant toujours parfaitement compréhensible. Au contraire, le jeu vous pousse à rejouer immédiatement en plaçant intelligemment les différents points de passage au fil de l’aventure. Pour un défi nettement plus relevé et une IA à la hauteur, je ne peux que vous recommander le mode difficile, qui ressemble clairement à la vision finale que les développeurs avaient de leur jeu.

De nombreuses phases de jeu permettent de ne pas faire la même chose en permanence. On comme par enquêter, puis l’on trouve un objectif à rejoindre sur l’île. Ensuite, tout est possible. L’endroit à rejoindre est souvent inaccessible par l’entrée principale, il faudra donc trouver un moyen détourné d’entrer. Les lieux sont souvent infestés de sbires, armés plus ou moins lourdement. Le jeu distingue deux types d’ennemis : ceux avec des armes à feu et les autres. Si un groupe d’ennemi possède au maximum un tireur, vous pourrez l’affronter frontalement en vous débarrassant en priorité de l’arme à feu. Généralement, ces groupes d’ennemis traînent dans les couloirs ou se regroupe dans des espaces relativement clos.

Pour les autres, c’est un peu plus délicat. Vous traversez un couloir et arriver dans une grande salle à plusieurs niveaux. Vos ennemis ont été prévenus de votre arriver, sont armés et sécurise la zone. Une approche directe serait du suicide, vous allez devoir vous infiltrer pour les neutraliser un par un. Bien pensés, ces phases jouent en priorité sur la bonne exploitation de votre espace de jeu. S’infiltrer dans des conduits d’aération, isoler les groupes de gardes, utilisez les aptitudes spéciales de Batman sont autant de moyen de parvenir à vos fins. Il y a plusieurs façons de reprendre le contrôle d’une salle, que ce soit avec vos gadgets, vos talents d’infiltration ou même en effrayant vos opposants.

Toutes ces phases de jeu s’enchaînent mais ne se ressemble pas, ajoutant chaque fois un peu plus de difficultés avec des gardes supplémentaires, des pièces agencées différemment, un temps limité, une prise d’otage, bref, les phases de jeux connaissent suffisamment de variations pour que l’intérêt reste bien présent. Les boss quant à eux ne représentent pas vraiment de difficultés mais ont la bonne idée d’être vraiment différents les uns des autres.

Le jeu presque parfait ?

Pour le reste, malheureusement, c’est excellent. La musique, toujours dans le ton, encense les différentes phases de jeu. Les scènes de cauchemar lors de vos rencontres avec l’épouvantail sont tout bonnement hallucinantes et d’une manière générale, la direction artistique est tout simplement irréprochable. L’aventure principale se termine en une petite dizaine d’heure si vous ne comptez pas atteindre le 100%. Pour les autres, bon courage, entre les énigmes de l’homme-mystère, l’histoire de la famille Arkham et encore tous les autres contenus à déverrouiller, atteindre le 100% ne sera pas simple. Même si c’était le cas, sachez qu’en parallèle de l’aventure principale, une dizaine de défis vous sera proposé, reprenant certaines phases de jeu comme de l’infiltration contre la montre ou un mode combat sans fin pour marquer un maximum de points. Peu originaux, ces défis prolongent agréablement l’expérience sur de courtes sessions de jeu, on ne s’en plaindra pas. Rien à redire sur le multijoueur, et pour cause, il n’y en a tout simplement pas.

Au rayon de ce qui ne va pas, citons quand même la caméra. Elle est capricieuse dans les lieux exigüe et carrément folle dans certaines phases au grappin… Peut-être qu’elle aussi devrait rejoindre l’asile d’Arkham ? Enfin, le plus agaçant reste PhysX. La technologie de simulation des effets physiques de NVIDIA a toujours eu le don de rendre les jeux instables et ce n’est pas Batman Arkham Asylum qui prouvera le contraire. Le jeu crash sans raison à intervalles régulier lorsque PhysX est activé. Précisions que la machine sur laquelle le jeu s’exécutait était sous Windows 10 64-bits avec des pilotes à jour pour la GTX 970 4G de chez MSI. Incompréhensible donc que le problème n’a pas été résolu sur l’édition GOTY, sortit il y a tout de même plus de 6 ans.

Terminons ce petit tour d’horizon en mentionnant qu’au-delà du travail remarquable fait par Rocksteady, Batman Arkham Asylum a surtout défini de nouveaux standards sur ce qui était acceptable ou non dans l’adaptation d’une licence en jeu vidéo. L’ensemble est très soigné, prenant et semble dans la lignée de l’univers du Chevalier Noir. En outre, c’est grâce à ce jeu que d’autre de chez Warner ont pu voir le jour, sur le même principe, comme Mad Max ou Shadow of Mordor. Un titre légendaire donc, qui a vraiment bien vielli.