Une longue, très longue histoire

Une chose à tout de même changé, c’est que l’écrasante majorité des jeux PC sont aujourd’hui distribués au format numérique. En d’autres termes, les jeux que vous achetiez auparavant en boîte se trouvent maintenant sur Steam, Origin, Uplay ou même GOG. Si le dernier est à part, les trois précédents couvrent la quasi-totalité du marché des jeux PC à l’heure où j’écris ces lignes. Mais lorsque la transition a commencé sur PC, ne vous souvenez-vous pas des nombreuses promesses du dématérialisé ? Moins d’intermédiaires, aucun frais de transport des marchandises, pas de boite et de manuel à produire ou de DVD à presser : si commercialiser les jeux coute moins cher, le prix final ne devrait-il pas baisser ?

Si le PC a connu un formidable essor durant la dernière décennie, il s’avère qu’une cruelle guerre des prix a actuellement lieu entre les distributeurs agréés et les revendeurs gris. Mais n’allons pas trop vite, tout ça remonte à une époque lointaine où les jeux PC étaient systématiquement vendus en boîte. A cette époque, les jeux neufs coutaient 70 € neufs, les précommandes étaient légion et il fallait des ordinateurs de compétition pour finalement tenter de faire tourner notre achat dans une qualité potable. Vous vous dîtes surement que rien n’a changé, que les jeux sont toujours vendus affreusement chers, qu’il faut toujours une machine de guerre pour les faire fonctionner et qu’il n’y a jamais eu de précommandes.

Rien ne se perd, tout se transforme

Hors de question de baisser les prix, bien au contraire. L’avènement du dématérialisé, c’est d’abord la possibilité de proposer des jeux dans plusieurs éditions différentes sans coûts supplémentaires. En effet, les contenus sont tous stockés sur les serveurs de la plateforme et sont téléchargés en fonction de l’édition choisie. Mais là n’est pas la question, le prix, pourquoi ne change-t-il pas ?

Dans un rapport de l’Hadopi publié en décembre 2014, la principale raison avancée était de ne pas accélérer la disparition du marché physique. Pourquoi pas, sauf que dans le même rapport, un passage est consacré à l’étude de la vente de jeux dématérialisés. Or 90 % des jeux vendus sur PC à cette époque était numériques, toujours d’après ce même rapport. Du coup, si à tarif égal les joueurs achètent tout de même au format numérique au point que le marché du physique disparaisse de lui-même, l’argument du prix égal pour le maintiens de ce secteur est-il vraiment recevable ?

Le « marché gris »

Toujours est-il que les principaux acteurs sur le marché de la vente digitale de jeux sont aujourd’hui bien installés et n’hésitent pas à vendre leurs jeux à des prix parfois franchement indécents. Produire un jeu coûte énormément d’argent : infrastructures, matériel, marketing, recherche et développement sont autant de secteurs mobilisés dans le processus de création d’un jeu. Ajoutez à cela les artistes, acteurs, scénaristes et musiciens et vous comprendrez qu’une production de grande envergure peut rapidement coûter très cher. La question n’est donc pas de discuter le juste prix de faire la lumière sur un système de vente alternatif à celui des principales boutiques fréquentées par les joueurs : le marché gris.

Une vidéo promotionnelle de G2A sur YouTube

Ce marché gris s’incarne au travers de site comme G2A, MMOGA ou encore Kinguin. Pour ceux qui ne connaissent pas ces sites, sachez qu’il s’agit de revendeur de clés. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple de Steam. Pour se procurer un jeu sur Steam, vous pouvez aller sur sa page dans le magasin, l’ajouter à votre panier puis payer votre commande directement sur Steam. Dans ce cas, le jeu apparaître directement dans votre librairie et vous pourrez le télécharger. Si l’option est cachée dans le magasin de Valve, vous pourrez également ajouter un jeu à l’aide d’une clé de CD. Une fois activée, cette suite de chiffres et de lettres donne directement accès au jeu steam qui lui correspond, et, une fois télécharger, vous pouvez y jouer !

G2A, MMOGA et Kinguin vendent ces clés à activer dans Steam. Vous ne pourrez pas télécharger le jeu depuis leur site. Ce sont donc des revendeurs. Le problème que pointe Hadopi avec les revendeurs cités, c’est que leurs pratiques ne seraient pas toujours légales pour proposer des jeux à un tarif très attractif aux joueurs.

Une histoire de gros sous

Effectivement, les prix sont plus qu’attractifs, en moyenne 40 % moins cher que le prix standard. Prey par exemple, le nouveau jeu de Bethesda et Crytek à paraître le 6 mai 2017. A la date du 25 février 2017, le jeu était en vente sur Steam en précommande à 59.99 €. Dans le même temps, G2A et Kinguin propose le même jeu, toujours en précommande, respectivement à 39.99 € et 35.90 € soit 40% de réduction par rapport au prix Steam. Nous parlons là d’un blockbuster en précommande. C’est à cette période que le prix du jeu est le plus élevé. Malgré cela, il est déjà disponible en réduction. Comment est-ce possible ?

Parmi les raisons pointées par le rapport, certaines sortent clairement du cadre de la légalité. L’achat de jeux en gros à l’étranger par exemple. D’après l’Hadopi, certains revendeurs peu scrupuleux achètent des jeux à l’étranger, sans payer la TVA et au prix du gros. Ils récupèrent ensuite les boîtes, les ouvrent et récupèrent les clés de CD qui se trouvent à l’intérieur pour les mettre en vente sur le site du revendeur.

De même, toujours dans les pratiques non tolérées, certains joueurs revendent des clés obtenues dans des packs de jeu. Des sites comme Humble Bundle ou Bundle Stars proposent régulièrement des packs de jeux à prix réduit. Certains utilisateurs peu scrupuleux achètent ces packs en nombre avant de revendre les clés à l’unités sur les sites des revendeurs. Toutes ces pratiques, sont illégales et doivent effectivement être sanctionnées. L’Hadopi a donc parfaitement raison de les pointer. Néanmoins, toutes les offres de tous les revendeurs ne sont pas illicites et il serait bon de rappeler que n’importe qui peut vendre ou acheter des produits.

Effectivement, les prix sont plus qu’attractifs, en moyenne 40 % moins cher que le prix standard. Prey par exemple, le nouveau jeu de Bethesda et Crytek à paraître le 6 mai 2017. A la date du 25 février 2017, le jeu était en vente sur Steam en précommande à 59.99 €. Dans le même temps, G2A et Kinguin propose le même jeu, toujours en précommande, respectivement à 39.99 € et 35.90 € soit 40% de réduction par rapport au prix Steam. Nous parlons là d’un blockbuster en précommande. C’est à cette période que le prix du jeu est le plus élevé. Malgré cela, il est déjà disponible en réduction. Comment est-ce possible ?

Page d’achat de Prey sur Kinguin

Parmi les raisons pointées par le rapport, certaines sortent clairement du cadre de la légalité. L’achat de jeux en gros à l’étranger par exemple. D’après l’Hadopi, certains revendeurs peu scrupuleux achètent des jeux à l’étranger, sans payer la TVA et au prix du gros. Ils récupèrent ensuite les boîtes, les ouvrent et récupèrent les clés de CD qui se trouvent à l’intérieur pour les mettre en vente sur le site du revendeur.

De même, toujours dans les pratiques non tolérées, certains joueurs revendent des clés obtenues dans des packs de jeu. Des sites comme Humble Bundle ou Bundle Stars proposent régulièrement des packs de jeux à prix réduit. Certains utilisateurs peu scrupuleux achètent ces packs en nombre avant de revendre les clés à l’unités sur les sites des revendeurs. Toutes ces pratiques, sont illégales et doivent effectivement être sanctionnées. L’Hadopi a donc parfaitement raison de les pointer. Néanmoins, toutes les offres de tous les revendeurs ne sont pas illicites et il serait bon de rappeler que n’importe qui peut vendre ou acheter des produits.

La vérification des données de l’acheteurs et de celles du vendeur

Pour mieux comprendre ce qui pose problème à l’Hadopi, pourquoi ne pas passer commande en ligne et tenter de mettre un produit en vente ? L’achat se passe exactement comme sur n’importe quelle boutique en ligne. Vous regardez les articles disponibles puis sélectionnez les produits qui vous intéressent. Toutes les offres de tous les revendeurs sont proposées dans un tableau. La moins chère est toujours mise en avant.

Une fois votre panier validé, le site vous demande de rentrer votre adresse mail et de sélectionner votre zone économique. L’intérêt ? Ne pas payer la TVA. En laissant ce choix à l’appréciation de l’utilisateur, le site se dédouane de toute responsabilité vis-à-vis de la loi. Ces sites sont généralement basés en Chine, là où la traçabilité des informations est impossible, surtout en matière de vente de produits à l’étranger. Dès lors, G2A se dédouane de toute responsabilité sur la facturation et le paiement des taxes en avançant qu’il est trop complexe de vérifier la zone économique exacte d’un utilisateur pour un site web qui vend dans le monde entier.

Côté vente, une fois le compte vendeur créé, de nombreux documents sont demandés par les différents sites testés mais aucun des portails ne nous a demandé comment les clés à vendre avaient été obtenues. Un comble. Au demeurant, si ces pratiques ne sont pas traçables à cause du siège social des différents sites, il n’empêche que toutes les clés mises en vente ne sont pas obtenues de façon illicite et ces sites permettent au plus grand nombre de profiter de jeux vendus souvent bien trop cher.

Acheter ou ne pas acheter ?

A l’heure actuelle, vous ne risquez rien en achetant sur ces sites. Au pire, Steam, Origin ou Uplay désactiveront la clé mais vous pourriez vous retourner contre le vendeur si le cas venait à se présenter. L’Hadopi a raison de pointer du doigt des pratiques déloyales. Néanmoins, si le joueur joue le jeu (payer la TVA par exemple) sur des sites comme G2A, MMOGA ou Kinguin, il obtiendra malgré tout le même produit que celui qui l’achète 40 % plus cher sur Steam. A vous de choisir, vous êtes prévenu !