Il y a des jours où certaines questions philosophiques me préoccupent. Celle d’aujourd’hui va jouer le rôle de fil rouge dans cet article : « Quelle est la différence entre une escroquerie et un mauvais jeu ? ». Pour répondre à mon interrogation, Burnout Paradise Remastered semble tout indiqué, mais nous allons en parler dans un instant. Il est possible que vous n’ayez jamais entendu parler de Burnout. Dans ce cas, un point s’impose avant de poursuivre. Cette grande franchise de jeux de course arcade appartient à Electronic Arts depuis 2004 et n’a jamais changé de développeur depuis cette époque : Criterion Games.

Takedown, Dominator, Revenge, à travers certains des noms de jeux Burnout, l’ADN de la franchise transparaît. Criterion livre depuis presque 20 ans des jeux de course d’une grande violence mais toujours décomplexée. Pas de conducteurs, pas de sang ou de souffrance. Ici il n’y a que de la taule à froisser dans une pléthore de modes de jeu.

Le jeu original

Burnout Paradise est sorti pour la première fois en 2008 sur PlayStation 3, Xbox 360 et PC. Il s’agit du premier jeu Burnout en monde ouvert. Votre objectif est simple : depuis la casse, vous pourrez choisir un véhicule et partir à l’assaut de la ville. Chaque véhicule appartient à une des trois catégories : Vitesse, Cascade ou Agression. Ces catégories représentent elles-mêmes trois styles de jeu. En d’autres termes, choisir une voiture de catégorie Vitesse vous permettra certes d’aller vite, mais foncer à vive allure vous octroiera des bonus de boost pour votre véhicule. 3 catégories, 3 styles de jeux.

Dans Paradise City, la ville où prend place votre aventure, chaque intersection correspond à une course. Les courses ont elles aussi un type et toutes les voitures ne pourront pas participer à toutes les courses. Lorsque je parlais de partir à l’assaut de la ville, ça n’était pas une image. Tout dans Burnout Paradise a été créé par amour de la destruction gratuite. Votre véhicule se plie et se raye au gré de vos acrobaties et peut même être totalement détruit. Il en va de même pour vos concurrents en course, que vous pouvez purement et simplement annihiler pour remporter la victoire. Le jeu ne fait pas dans la dentelle et ne s’adresse pas aux amateurs d’expériences poétiques et subtiles.

Le jeu original, sur PC, en 2009

Pour autant, il ne faudrait pas le réduire à un simple jeu de course où des choses explosent à chaque coin de rue. Les véhicules ont tous un comportement différent et votre carrière sera longue pour dominer la totalité de la ville. Ainsi, dans certaines situations, jouer du pare-chocs risque de vous coûter cher, surtout lorsque vos adversaires conduisent des bolides plus destructeurs que le vôtre. En plus des nombreux types d’épreuves, le jeu est rempli d’éléments à collectionner. Panneaux à détruire, voitures à récupérer (en les détruisant), cascades à réaliser seront autant de joyeusetés à même d’agrémenter votre carrière.

La bande son résolument rock est un plaisir pour les oreilles tandis que les graphismes, s’ils ont vieilli, gardent un cachet très particulier. Burnout Paradise n’est plus une référence technique, mais il tourne merveilleusement bien et a beaucoup de personnalité.

Sachez également qu’une version Ultimate Box incluant un grand nombre de mises à jour et de contenus additionnels est disponible sur PC depuis 2009 pour à peine 6 euros.

Une mise à jour gratuite… payante

Venons-en au sujet du jour : l’escroquerie. Dans notre cas, Electronic Arts l’a paisiblement nommée remasterisation, mais l’idée reste la même.

Burnout Paradise Remastered est rigoureusement le même jeu que celui sorti il y a dix ans. A ceci prêt qu’il embarque tous ses contenus additionnels et affiche une résolution 4K sur Xbox One X à 60ips. Il s’agit donc de la version Ultimate Box un peu gonflée avec quelques véhicules en plus. Le tout vendu 40 euros.

Le même problème se pose sur Xbox One. Le jeu fait déjà partie du programme de rétrocompatibilité Xbox 360. Ce qui signifie que ceux qui possèdent une Xbox One peuvent prendre le disque original et y jouer sur leur console sans problème. Il aurait donc été pertinent que, comme pour Mirror’s Edge ou Skate 3, EA propose une mise à jour gratuite de Burnout Paradise intégrant la résolution 4K et le HDR sans passer de nouveau par la case achat.

La nouvelle version, sur Xbox One X. Difficile de voir la différence.

Pire, cette édition remasterisée paresseuse n’est pas compatible avec les écrans HDR, une honte pour un jeu vendu à un tel tarif. Concernant le reste, les graphismes ont été quelque peu liftés mais de gros soucis avec les ombres persistent. L’aliasing est lui aussi très présent, donnant aux bords des objets présents à l’image un côté flou parfaitement désagréable. Les textures et les lumières sont globalement meilleurs que dans le jeu de base, mais ces corrections marginales ne justifient pas de payer 40 euros.

A ce prix, on aurait pu s’attendre à ce que le jeu soit porté dans le Frostbite Engine, le moteur maison d’Electronic Arts. Mais dans ce cas, il ne s’agirait plus d’une remasterisassions mais d’un remake, ce qui aurait impliqué de travailler pour gagner de l’argent alors qu’il est bien plus simple de modifier trois lignes dans le code original pour débloquer la résolution et la fréquence d’images sur console.

Escroquerie contre mauvais jeu, la conclusion

Burnout Paradise Remastered est une escroquerie. Le jeu en lui-même est très bon mais il est vendu en l’état, 10 ans après sa sortie, avec si peu de changements qu’il est difficile de justifier la somme demandée pour une mise à jour qu’EA a déjà diffusée gratuitement sur d’autres de ses jeux.

Un mauvais jeu quant à lui est tout simplement nul, comme Star Wars Battlefront II et son mode solo particulièrement vide et ennuyeux par exemple. D’un autre côté, son mode en ligne est aussi une escroquerie à cause des loot box.

Finalement, c’est encore Electronic Arts qui répond le mieux à ma question de départ : un mauvais jeu peut aussi être une escroquerie !