Si la survie a fait office de genre depuis plusieurs années, elle est aujourd’hui une vraie philosophie capable de venir se greffer sur de titres où on ne l’attendait pas forcément. Qu’il s’agisse de jeux en ligne, d’horreur ou même d’expérience solitaire narrative, la survie a aujourd’hui pris tellement de formes qu’elle ne se cantonne plus à un genre mais bien à une façon de jouer et d’interagir avec le monde. Un tour d’horizon s’impose pour comprendre le phénomène et la façon dont il régit aujourd’hui certains codes du jeu vidéo.

L’avènement de la survie en ligne

Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est au travers de jeux en ligne que le genre de la survie s’est fait un nom auprès du plus grand nombre. The Forest, Conan le Barbare, Subnautica sont autant d’exemples de jeux de survie représentatif des codes attendus dans ce genre de productions. Le joueur est catapulté au sein d’un monde ouvert persistant dont il ne connaît pas le fonctionnement. Il lui appartient de trouver de quoi se nourrir mais aussi un abri pour se protéger de certaines présences hostiles, qu’elles soient incarnées par d’autres joueurs, de terribles phénomènes météorologiques ou des créatures diverses et variés munies d’une intelligence artificielle. Plus vous jouerez, plus vous découvrirez le monde qui vous entour et apprendrez à le dompter pour y survivre. La progression est souvent longue et les premières heures sont particulièrement difficiles.

Malgré des débuts parfois pénibles, plusieurs aspects de ces titres expliquent leur succès . Dans un premier temps, le joueur se voit livré à lui-même à une époque où toute aventure se voit systématiquement accompagné d’un tutoriel interminable, souvent obligatoire et dont un joueur régulier connaît déjà les tenants et les aboutissants. Les jeux de survies laissent le champ libre à la découverte et l’expérimentation, même si cela implique de mourir en mangeant une plante vénéneuse par exemple. Le joueur se sent ainsi réellement vivant au sein du jeu puisque rien ne le prédestinait à vivre son aventure à part sa propre volonté de découverte.

Dans The Forest, il vous incombera de bâtir de quoi vous protéger des créatures qui rodent.

Survivre implique aussi de créer, de bâtir, d’anticiper. Les grands stratèges comme les architectes en herbes y verront une manière de laisser s’exprimer leur créativité au sein d’un environnement crédible où chaque décision a des conséquences. Cette implication du joueur permet de rapidement s’immerger dans le jeu tout en donnant de l’importance aux choix qu’il fera au long de sa partie. Le sentiment d’accomplissement n’en sera que plus grand lorsqu’après plusieurs heures de jeu, une terrible créature aura été vaincu à l’aide d’une arme surpuissante patiemment conçue au fil des pérégrinations du joueur dans le monde ouvert. L’aléatoire, la créativité et la liberté sont donc les piliers des jeux de survie en ligne, mais d’autres jeux proposent des expériences de survie pourtant bien différentes.

Survie et horreur, un cocktail savoureux

Avant les jeux de survie en ligne, il y avait les jeux d’horreur. En effet, s’il est entendu que survivre dans un monde ouvert hostile est une expérience stimulante, que penser d’un jeu scénarisé ou la peur viendrait accentuer encore l’expérience de la survie ? C’est ce que propose Resident Evil 7 pour ne citer que lui. Il s’agit d’un jeu d’horreur au sens strict du terme. Personnages effrayants, histoire sordide, torrents d’hémoglobine et héros en situation de faiblesse : tous les ingrédients sont là. Depuis plus de 20 ans maintenant, les jeux d’horreur distillent habilement les mécanismes propres aux jeux de survie moderne s. Difficile pour le grand public de s’en rendre compte tant ce genre a mauvaise presse.

L’ambiance est pesante dans Resident Evil VII

Néanmoins, un « survival horror » (jeu d’horreur et de survie) se doit à la fois de faire peur mais aussi de laisser une marge de manœuvre au joueur dans sa façon d’aborder son expérience. S’il on parle ici de survie, ce n’est pas pour les mêmes raisons que dans la partie précédente. Un jeu d’horreur ne vous demandera pas de vous alimenter régulièrement ou de construire vos propres abris. Survivre dans le cas d’un jeu d’horreur signifie d’abord d’explorer son environnement pour en tirer parti plus tard. Collecter des bonus, trouver des secrets cachés, prendre des ennemis à revers, il s’agit bien de survie, mais d’un tout autre genre. Les jeux d’horreur existent d’abord pour créer chez le joueur un sentiment de faiblesse et d’insécurité. Vous n’êtes pas en position de force et il va vous falloir protéger votre vie.

Les expériences de survies solitaires

The Last of Us, Tomb Raider, Horizon Zero Dawn sont autant de titre où la survie est au cœur du jeu. Ces expériences proposent toutes un scénario solide et une vingtaine d’heures de jeu pour en faire le tour. Il s’agit ici d’un mélange entre les deux parties vues précédemment. Il vous faudra d’un côté exploré un monde semi-ouvert pour en comprendre les codes. Mais le scénario constituera malgré tout le fil rouge de l’aventure ou vos choix iront dans le sens de la narration. La survie devient ici plus cinématographique, avec une mise en scène très travaillée et un système de jeu très bien rôdé. Collecter des ressources, construire ses propres armes, faire face aux évènements aléatoire s, le tout dans le périmètre d’un scénario préétablit.

Si la survie a pu se faire un nom, c’est aussi grâce à l’évolution technologique rapide des jeux de ces dernières années. Toujours plus beaux, réalistes et détaillés, les productions actuelles sont bien loin des premiers jeux de survie des année 2000. Il est maintenant possible de représenter virtuellement des univers gigantesques, fourmillant d’informations, et d’environnements divers et variés. C’est aussi la raison pour laquelle les jeux de survies n’ont pas forcément pu voir le jour auparavant.

Rise of the Tomb Raider propose une expérience de survie en solitaire digne d’un grand blockbuster

Certaines expériences vont encore plus loin en proposant un concept de mort permanente. L’idée est simple : dans la vraie vie, vous ne pouvez mourir qu’une seule fois. Dans ce cas, il faudra nécessairement recommencer l’aventure du début en espérant ne pas trépasser là où la vie vous a quitté précédemment. Peu de jeux proposent au joueur des expériences de mort permanente mais les joueurs désireux de s’y essayer peuvent se tourner vers la plupart des expériences en ligne comme Rust, The Forest ainsi que des jeux solos comme Zombi.

Un secteur saturé ?

Les jeux de survie sont maintenant bien installés dans le paysage vidéoludique. Ils rencontrent même d’autres genre comme les jeux de rôles. Quoi de plus naturel quand on sait que le propre d’un jeu de rôle consiste à incarner un personnage fictif dans un monde alternatif. Créer son histoire tout en écrivant celle du héros que l’on incarne, est-ce là le futur du jeu vidéo ?

Article co-écrit par Yanis.