Si vous lisez cet article, c’est que vous disposez d’un accès à internet grâce à un abonnement. Ce dernier vous coûte une certaine somme d’argent chaque mois et vous assure de disposer d’un certain niveau de service. Ce modèle économique est loin d’être nouveau puisque de nombreux secteurs d’activités vous demandent aujourd’hui de souscrire à des offres au coût mensuel. Si cette façon de consommer est parfaitement entrée dans les mœurs, la technologie et le jeu vidéo n’étaient jusqu’ici que peu concernés par le sujet. Pourtant, un vent de changement semble bien décidé à bouleverser nos habitudes.

L’exemple Microsoft Office

En témoigne l’un des produits les plus répandu des usages numériques : la suite bureautique Microsoft Office. Il y a 10 ans, en 2008, il fallait acheter une licence pour installer légalement ces logiciels sur un ordinateur. Le coût pour une machine variait entre 150€ et 200€ selon l’édition du produit et ce montant devait être multiplié par le nombre de machine du foyer. Après quelques années, de nouvelles versions de certains services voyaient le jour et il fallait payer de nouveau pour mettre à niveau les machines. Ce modèle a perduré pendant presque 10 ans avant que Microsoft ne propose une alternative sous la forme d’un abonnement sous la marque Office 365.

Cette décision n’est pas anodine puisqu’à l’époque, Microsoft souffrait du piratage massif de sa suite dont le coût était bien souvent considéré comme exorbitant. L’offre d’abonnement annuel proposait donc un tarif unique de 100€ pour équiper 5 PC de la suite logiciel tout en promettant la mise à niveau sans surcoût tant que l’abonnement restait actif. Sans changer le prix, Microsoft a ensuite rajouté sur stockage Cloud avec OneDrive, l’accès gratuit à des versions mobiles des logiciels de bureau et même des minutes d’appel sur Skype.

Si l’offre est intéressante, elle n’est néanmoins pas désintéressée. En remaniant son offre et en la taillant pour des cibles bien identifiées  comme les familles  ou les étudiants, Microsoft a capitalisé sur le grand nombre d’abonnements  à petit prix plutôt que sur l’achat de licences uniques contraignantes pour l’utilisateur. Microsoft n’a aucun concurrent direct et a conscience de la place que prend sa suite Office dans les usages quotidiens de ses utilisateurs. Le résultat depuis 7 ans est plutôt convaincant financièrement puisque le piratage du pack Office a drastiquement chuté tandis que les derniers produits de l’entreprise américaine deviennent de toute façon bien plus contraignants à pirater qu’il y a quelques années.

Le revers de la médaille réside dans la disparition silencieuse de l’ancien modèle par licence. Si vous êtes un utilisateur peu demandeur en bureautique, il y fort à parier que vous souhaitiez équiper une machine avec une licence donnant lieu à un unique achat. Cet utilisateur ne sera pas forcément toujours à jour mais profitera d’outils qu’il utilise finalement assez peu à un tarif plus intéressant (149€ pour 5 ou 6 ans) qu’un abonnement annuel (69€ par an) pour le même service. Cela risque de devenir de plus en plus compliqué puisque se procurer Office selon l’ancien modèle économique est aujourd’hui une exception. C’est à ce point vrai que Microsoft ne prend même plus le temps d’annoncer la sortie des nouvelles versions d’Office pour directement parler de mises à jour importantes d’Office 365. Comprenez par là que ce n’est plus votre produit qui évolue mais seulement votre abonnement qui se met à jour sans que vous n’en ayez conscience.

Cette démonstration un peu longue permet néanmoins d’aborder le sujet de façon plus vaste. Il en va de même pour presque tous les grands services du numérique. Microsoft, Adobe, Netflix, Google, Apple, Amazon, tous ont un abonnement « tous compris » à vous vendre pour des sommes toujours plus serrées mais qui finissent tout de même par s’accumuler. Pire, les abonnements ne se contentent pas de s’additionner les uns aux autres mais finissent parfois par se télescoper.

Gardons l’exemple de Microsoft Office et plaçons-nous dans le cas d’un salarié. Si ce dernier est amené à travailler en équiper, il peut lui être attribué une licence Office 365 d’entreprise qui comprend Word, PowerPoint, Excel et les autres outils qu’il possède déjà sûrement à titre personnel, pour sa famille par exemple. Le cas est loin d’être anodin puisque cela signifie qu’il faudra gérer deux abonnements avec deux comptes pour accéder au même service. L’utilisateur qui auparavant s’embêtait à gérer ses licences en arrive aujourd’hui au même phénomène avec ses différents abonnements et comptes.

Les exemples multimédias

Lorsqu’il s’agit de se divertir, là encore, de multiples formules d’abonnement son disponibles. Le cas d’un joueur console est particulièrement frappant  . L’utilisateur achète sa console en sachant qu’il pourra s’en servir pour regarder ses séries sur Netflix, jouer à ses jeux favoris et profiter de sa musique avec Spotify. Netflix et Spotify sont déjà deux abonnements distincts, sans compter sur les sempiternels GOLD ou PlayStation Plus pour pouvoir jouer en ligne.

Tout cela n’est pas nouveau mais tend à s’accentuer avec l’arrivée relativement récente d’abonnements à un catalogue de jeux vidéo. Electronic Arts fut le premier sur ce marché avec son EA / Origin Access disponible sur PC et Xbox One. Contre 25€ par an, l’utilisateur a accès à un large catalogue de jeux Electronic Arts de façon illimitée. Microsoft a ensuite emboîté le pas à cette initiative avec son Game Pass. Bien plus cher que l’offre d’EA, le Game Pass se positionne comme le « Netflix du jeu vidéo » avec son très large catalogue enrichi chaque mois sans surcoût.

Qu’il s’agisse de musique, de jeux, de films ou de série. La seule question à se poser est : « Ai-je besoin de tout ça ? ». Les offres sont toujours plus vastes, plus complètes tandis que les utilisateurs préfèrent concentrer leur temps libre sur quelques séries ou jeux. La musique se positionne différement puisqu’il est rare de rencontrer quelqu’un amateur d’un unique groupe de musique. L’idée reste néanmoins la même, est-il vraiment nécessaire de bénéficier de tout cela ?

Quel avenir pour les abonnements ?

A l’heure où chaque société souhaite proposer un abonnement à ses propres services (cf. Disney et sa future plateforme concurrente de Netflix), d’autres acteurs du secteur numérique envisagent déjà le futur du modèle par abonnement. Samsung et Microsoft ont respectivement lancés les services Up2you et Surface Plus. Les deux formules consistent plus en moins en la même chose : louer son matériel pour en changer régulièrement. Pour 22€ chez Samsung et 40$ chez Microsoft chaque mois, vous pourrez louer les dernières générations d’appareils des deux constructeurs qui vous seront échangés contre les modèles les plus récents quelques mois plus tard. Ce procédé est astucieux puisqu’il permet à la marque de garder ses clients dans ses gammes de produits en leur proposant toujours les dernières nouveautés. L’utilisateur n’est pas dépaysé et profite régulièrement d’un matériel neuf.

Si la formule fonctionne, c’est surtout parce que les utilisateurs répondent présents. Netflix connaît un succès retentissant après quelques années de service en France tandis que Spotify semble s’être installé pour de longues années. Il en va de même pour les services professionnels comme Office et Adobe. Ce dernier a même franchi un cap en ne proposant plus aucune licence classique à ses utilisateurs. Que vous soyez particulier ou professionnel, vous serez donc contraint de vous tourner vers l’abonnement Creative Cloud pour utiliser Photoshop, Première Pro ou encore Illustrator.

Cette omniprésence des abonnements tend à minimiser la valeur des produits et services individuels. Pour parler de jeux vidéo, ce n’est pas bien grave qu’un jeu EA soit vite dévalué en intégrant l’EA Access puisque l’entreprise peut en sortir 4 ou 5 autres identiques sur la même année. Néanmoins, pour un indépendant en quête de visibilité, les abonnements toujours plus gigantesques risquent de l’obliger à sacrifier le prix de son produit dans l’espoir d’être vu ou d’accepter les conditions de rémunération de la société proposant l’abonnement et de perdre en partie la main sur les revenus de son travail. Dans tous les cas, l’ère des abonnements multiples  ne fait que commencer et nous serions bien mal avisés  de croire que d’autres ne verront pas le jour prochainement.