Ce n’est un secret pour personne, il y a bien longtemps déjà que la franchise Call of Duty a perdu de sa superbe. La dégénérescence de la saga s’accentuant chaque année, Activision a tenté le tout pour le tout avec Call of Duty World War II en 2017. Présenté comme un retour aux sources, le jeu s’est avéré bien fade face à Battlefield 1 pour finalement se montrer décevant commercialement. Seul Treyarch semble encore résister à l’hécatombe à venir en agrégeant au sein du cycle « Black Ops » les mécanismes déjà présents chez la concurrence.

C’est ainsi qu’Activision a dévoilé Call of Duty Black Ops IIII (se dispensant au passage d’un usage correct des chiffres romains) sur PC, Xbox One et PlayStation 4. Avant même sa sortie, l’éditeur annonce le retour des modes zombie et multijoueur déjà connus tout en vantant deux grands bouleversements au sein du  produit qui se trouvera entre les mains des joueurs le 12 octobre prochain.

Le premier d’entre eux concerne la version PC. Traditionnellement, Activision met à disposition les différents opus de Call of Duty sur Steam. Pour la première fois cette année, cette règle sera rompue, Activision préférant privilégier sa propre plateforme : Battle.net. Si la décision pouvait déjà surprendre à l’occasion de la sortie de Destiny 2 sur PC, difficile de ne pas se montrer sceptique au sujet de Call of Duty. Battle.net est très populaire auprès de la communauté Blizzard qui a l’habitude de s’en servir depuis plusieurs années déjà. Il semble difficile d’imaginer un joueur PC habitué à Steam installer un client supplémentaire (n’oublions pas Origin, Uplay et GOG qui occupent déjà beaucoup de place) pour jouer à un unique jeu.

Passé cette douche froide, une deuxième annonce plus surprenante encore est intervenue : la suppression pure et simple d’un mode solo en jeu. Cette décision est justifiée par Activision d’après des chiffres internes qui tendent à démontrer que les joueurs passent de plus en plus de temps sur les modes zombie et multijoueur des derniers opus. La piètre qualité des dernières campagnes solo dans les derniers titres sortis n’y est certainement pas étrangère. Plutôt que de retravailler sa narration, c’est donc la suppression pure et simple qui l’aura emportée.

De fait, il fallait trouver un concept « différent » pour que le jeu se démarque. Par quoi le solo va-t-il être remplacé ? Tout simplement par un mode Battle Royale intitulé Blackout. Pour ceux qui n’auraient pas céder à la mode Fortnite et PlayerUnknown’s Battlegrounds, le concept est vraiment facile à appréhender : au sein d’une carte unique, un très grand nombre de joueurs sont lâchés depuis le ciel avant d’atteindre la terre ferme. A ce moment, ils doivent trouver de l’équipement pour survivre et tuer tous les autres joueurs sur la carte. Le dernier remporte la partie. Effectivement, ça semble tout de suite moins difficile à concevoir qu’une campagne solo de qualité.

Se pose aussi la question de l’évolution de la franchise. Est-ce qu’Activision tente simplement de s’adapter aux attentes des joueurs en intégrant au jeu de nouveaux mécanismes ? Difficile d’abonder dans ce sens. En effet, le choix de l’éditeur consiste depuis plusieurs années à rompre avec une communauté bâtie sur 15 ans d’histoire et de jeux. Le choix de diviser sa communauté, casser son modèle économique et sacrifier les joueurs de longue date pour quelques millions de joueurs déjà présents sur des titres concurrents semble difficile à justifier, qui plus est lorsqu’on parle d’un produit qui sera vendu entre 50€ et 70€ à sa sortie.

Toujours est-il qu’avec ces deux annonces, Activision et Treyarch poursuivent dans la voie du jeu compétitif au détriment de ce qui avait propulsé la franchise au sommet à l’époque des opus Modern Warfare 1 et 2 : une histoire novatrice, une mise en scène exceptionnelles et un contexte crédible. Qu’à cela ne tienne, les premiers chiffres de ventes indiqueront si le public est positivement réceptif à de tels changements.