Depuis 20 ans maintenant, le jeu vidéo et le cinéma ont chacun su faire un pas vers l’autre pour s’enrichir mutuellement. Cette discussion autour de la rencontre du cinéma et du jeu vidéo est d’habitude très théorique et difficilement palpable par le plus grand nombre. Avec The Movies, Peter Molyneux a littéralement mis le cinéma en boîte. Il ne s’agit donc plus de rapprochement mais bien d’absorption pure et simple. Pour ceux qui l’ignorerait, Peter Molyneux est un Game Designer de renom qui a fondé la société Lionhead Studio. Fable, Black and White et The Movies, voilà les trois franchises qui auront occupé les équipes de cette société anglaise durant ses 15 années de bons et loyaux services.

Mais pourquoi personne ne l’a fait avant ?

The Movies est un jeu où vous prenez la tête d’un studio de cinéma. A vous de placer les bâtiments nécessaires à son bon fonctionnement, de recruter le personnel, les acteurs, les réalisateurs et de gérer tout ce petit monde pour que votre studio produise les meilleurs films possibles. Est-ce que je vous ai dit que vous pouviez créer vos propres films ?

Reprenons plus lentement. En début de partie, vous serez donc invité à saisir le nom de votre studio. La partie démarre et vous prenez le contrôle d’un immense terrain vague. Votre aventure cinématographique va dès lors pouvoir commencer. Après avoir recruté des agents d’entretiens et de maintenances, vous allez pouvoir construire vos premiers bâtiments. L’école d’art dramatique vous donnera la possibilité de recruter des acteurs tandis que le bureau d’équipe servira à monter votre équipe technique. Casting, Production, Costume, Scénario, Recherche et Développement, tous ont un bâtiment dédié.

A vous de construire le studio de vos rêves et de recruter vos acteurs !

Une fois votre script rédigé, il va vous falloir placer vos premiers décors. A l’aube des années 1920, vous commencerez par une simple scène vide avec une toile de fond personnalisable. La magie du cinéma opérant, vous produirez surement l’un de vos plus grands navets. Oui, en début de partie, vos acteurs sont mauvais, vos moyens techniques réduits et vos scénarios parfaitement incohérents. Il va falloir que l’ensemble de vos protégés travaillent dur pour acquérir de l’expérience et produire des films dignes de ce nom. Une fois le film terminé, vous aurez la possibilité de passer par le bureau de Post-Production pour ajouter de la musique, couper des scènes, ajouter du texte avant de sortir votre film en salle. Les critiques publieront alors leur avis sur votre création vous indiquant sur quoi vous devriez travailler.

Qu’il s’agisse de la gestion ou de la création, The Movies fait les choses à sa façon. Exit les menus par millier, pour interagir avec votre personnel, il vous suffira d’attraper un personnage avec le curseur de votre souris et de le placer à l’intérieur d’un bâtiment pour lui assigner un métier . Mieux, vous pourrez recruter quelqu’un venu pour un poste d’agent d’entretiens comme acteur, et réciproquement. Le concept est excellent et j’ai du mal à comprendre pourquoi personne ne s’y est intéressé plus tôt. Aujourd’hui encore, aucun jeu similaire n’est actuellement disponible.

The Movies, un jeu à réserver aux joueurs exigeants et tenaces

Disons-le simplement : le jeu est relativement difficile. Faire tourner son studio sans courir à la faillite n’est déjà pas une mince affaire mais la vie personnelle de vos stars viendra également perturber vos plans. Une célébrité surmenée pourra sombre dans l’alcoolisme ou l’obésité, ce qui ne sera naturellement pas bien perçu par le grand public. C’est bien là que The Movies tire son épingle du jeu : il ne prend jamais le parti  de juger ce qu’il entend simuler, mais vous donne la possibilité de reproduire les meilleurs comme les pires aspects d’une société de production.

La presse ne vous épargnera rien lorsqu’un de vos films arrivera au cinéma

Petit à petit, ce qui était votre petit studio de cinéma indépendant va se transformer en une industrie (potentiellement) florissante. Les contraintes vont s’accumuler, et vos spectateurs en demanderons toujours plus. Sans tomber dans la caricature, The Movies réussi à mêler des éléments de simulation de vie, de gestion financière et de création pour rendre un jeu hybride mais toujours bien pensé.

Des limites un peu trop visibles

Sortit en 2005 sur PC exclusivement, le jeu connaissait déjà des limites visibles assez rapidement. Son moteur graphique n’était déjà pas le plus agréable à l’époque et le temps n’a pas vraiment arrangé les choses. Ajoutez à ça les animations robotiques et certains bugs lors du déclenchement de script dans le mode scénario pour commencer à voir ce qui ne va vraiment pas.

De plus, le jeu manquait déjà à l’époque d’éléments liés aux grosses productions comme les cascades ou la pyrotechnie. Ici, je soupçonne que le problème venait plutôt de l’éditeur, Activision, qui sortira plus tard une extension nommée « Stunts & Effects ». Cette dernière ne verra malheureusement jamais le jour en France. Le jeu atteint donc rapidement ses limites mais demeure une simulation solide et jeu de gestion bien rôdé.

Quand les joueurs prennent le contrôle

Comme dans des jeux comme Les Sims ou RollerCoaster Tycoon, la communauté a rapidement pris le contrôle du jeu en développant de très nombreux mods. Un mod est une création non-officielle qui a pour but d’altérer le jeu ou d’y ajouter des fonctionnalités supplémentaires.  Dans le cas de The Movies, inutile d’expliquer l’intérêt de la démarche. Les joueurs ont rapidement conçu des milliers de scènes et d’objets supplémentaires  pour étendre au maximum les possibilités de création.

Mieux, certains d’entre eux ont même transposé les animations du jeu dans l’éditeur de film afin que le joueur dispose de toutes les ressources possibles pour créer son court métrage. Plus de dix ans après la sortie du jeu, la communauté continue de créer et d’alimenter le jeu en contenu. Anecdote amusante, l’extension « Stunts & Effects » a bénéficié d’un patch de traduction entièrement conçu par les joueurs eux-mêmes. C’est dire si le concept de Peter Molyneux a réussi à marquer les esprits.

Le Star Maker

Comme son nom l’indique, le Star Maker est l’outil qui vous permet de créer vos vedettes. Sa particularité est d’être externe au jeu. Il s’agit d’un logiciel qui vient se placer sur votre bureau à côté de l’icône du jeu.

A l’instar de l’éditeur de personnage des Sims, il est possible de modifier l’apparence physique des acteurs en personnalisant plus finement tous les aspects de leur visage. Forme des yeux, couleur de la peau, coupe de cheveu, taille du crâne, le Star  Maker pourra vous occuper un sacré moment si vous souhaitez créer ou recréer des acteurs dans les moindres détails.

La star vedette de mon studio traverse une passe difficile…

Une fois cette étape franchie, vous pourrez définir leur personnalité en choisissant des qualités et des défauts ainsi que ses compétences. Ce paramétrage se fait au travers de jauges et la sommes des attributs ne peut pas excéder la taille d’une jauge globale. Les compétences d’acteurs et la personnalité de vos stars dépendant du même total. Il vous faudra donc jongler habilement pour créer un acteur qui ne soit pas (trop) alcoolique mais qui soit également capable de jouer de façon correcte dans un registre particulier . A vous de savoir si vous donnez la priorité à l’humain ou au professionnel.

Coupez ! C’est dans la boîte

S’il n’est pas parfait, The Movies est littéralement le seul représentant de sa catégorie. Un jeu hybride où la création rencontre la gestion et la simulation. Grâce à sa communauté très solide et l’esprit ingénieux du grand Peter, The Movies reste aujourd’hui un jeu de gestion différent et rafraîchissant.

Reste qu’Activision possède les droits sur ce produit et que je doute franchement qu’un nouvel opus soit en préparation . Dommage…