Il y a des jeux que je lance sans rien en savoir. Des jeux, qui, sans le hasard, ne se seraient  jamais retrouvés entre mes mains. La plupart du temps, ce n’est pas grave. Après tout, des milliers de jeux paraissent chaque semaine sans que je ne m’y intéresse  et le monde ne s’en porte pas moins bien. Ce n’est pas le cas de Rakuen. Lui, est différent. Plus important encore, c’est un jeu qui vous concerne. Un jeu qui nous concerne tous en réalité. En plus de nous donner une leçon magistrale de Game Design, Rakuen réussit  à nous donner une idée du chemin parcouru par le jeu vidéo depuis vingt ans.

Laura Shigihara

Vous ne la connaissez sans doute pas mais vous allez l’adorer. Je vous laisse ici le lien du Twitter de Laura Shigihara, celle qui a conçu et produit Rakuen en totalité. De la création du scénario au développement en passant par la bande originale du jeu, elle est la seule à avoir été aux commandes de la totalité des aspects créatifs autour de Rakuen. Un sacré tour de force qui mérite bien de la citer en préambule de cet article.

Laura a donc conçu un jeu paru en mai 2017 dans lequel vous incarnez un garçon hospitalisé depuis longtemps déjà. Vous ne savez pas exactement pourquoi mais il semble que sa maladie soit plutôt grave et  nécessite des soins spécifiques et une attention permanente. La morosité de l’hôpital ne joue pas favorablement sur son moral et la seule chose qui lui reste aujourd’hui pour se sentir bien, ce sont les visites de sa mère. Tout particulièrement lorsque  cette dernière raconte à son fils le conte de Rakuen. Dans cette histoire, il est question d’un pays magique où vivrait une créature capable d’exaucer les vœux, le Gardien de la Forêt. En racontant cette histoire, la mère finie par avouer à son fils que ce pays existe vraiment et que la clé pour y entrer se trouve dans le livre contant  cette histoire.

Voici un Leeble, une créature parfaitement adorable !

Deux mondes intimement liés

Une partie du jeu prend donc place dans ce fameux monde imaginaire, tandis qu’une autre se déroule à l’hôpital où se trouve le garçon. Rapidement, vous comprendrez que les évènements d’un monde ont des répercussions sur l’autre. Naturellement, l’objectif de cette quête consiste à trouver le Gardien de la Forêt pour lui demander d’exaucer un vœu.

Rakuen se plaît à gommer la frontière entre le réel et l’imaginaire en adoptant le point de vue du jeune garçon. A quel moment commence-t-il à rêver ? Sa mère va-t-elle réellement  lui dévoiler l’existence d’un monde imaginaire et l’y emmener ? Aucune de ces questions n’a de réponse simple tant le jeu use de métaphores et de symbole.

L’hôpital est un lieu inquiétant et mystérieux.

Une partie du jeu prend donc place dans ce fameux monde imaginaire, tandis qu’une autre se déroule à l’hôpital où se trouve le garçon. Rapidement, vous comprendrez que les évènements d’un monde ont des répercussions sur l’autre. Naturellement, l’objectif de cette quête consiste à trouver le Gardien de la Forêt pour lui demander d’exaucer un vœu.

Un système de jeu volontairement simple

Le gameplay, lui, est très simple. Les flèches directionnelles vous servent à vous déplacer tandis que vous disposez d’un bouton d’interaction pour toutes les actions contextuelles. Un inventaire vous permettra également de conserver des objets tandis que vous ramasserez régulièrement de l’argent servant à l’accomplissement de certains des objectifs du jeu.

De prime abord, les mécanismes du jeu peuvent sembler simplistes. En réalité, il n’en est rien puisque les niveaux ne se ressemblent pas et que les énigmes proposées jouent avec les acquis du joueur au fur et à mesure de sa progression. Mieux, grâce au système d’inventaire et de progression, vous débloquerez des outils au fur et à mesure de votre progression vous permettant d’accéder à de nouvelles zones et de nouveaux pans de l’histoire.

Voici le Gardien de la forêt.

Rakuen n’est pas un jeu d’action. Vous ne pouvez pas combattre dans le sens où la menace qui vous poursuit ne se matérialise jamais directement. Pas de barre de vie ou d’énergie ici, il s’agit bien d’un jeu de réflexion et non d’action.

Un scénario à plusieurs niveaux

A travers son monde imaginaire mais aussi ses phases à l’hôpital, Rakuen distille des éléments de scénarios qui permettent de comprendre les étranges évènements qui se produisent autour de vous. Lumières qui s’éteignent, inondations, silhouettes fantomatiques rôdant dans l’hôpital sont autant d’éléments qui contrastent  avec l’aspect doux et sucré du jeu.

Cela s’explique par les niveaux de lectures présents dans l’écriture. Là où l’action se déroule du point de vue d’un enfant, l’histoire, elle, prend des airs matures et nous narre une vision beaucoup plus pragmatique autour du combat que représente sa maladie ainsi que celle des autres patients de l’hôpital. Rakuen ne joue pas sur le suspens artificiellement et le dénouement final vaut la peine de parcourir le jeu.

La direction artistique fait des merveilles !

Je ne dévoilerai pas l’intrigue  ici puisqu’elle mérite d’être parcourue et découverte par le joueur lui-même. Sachez juste qu’il sera question de combat contre la maladie, de la mort, du temps qui passe, de l’acceptation de la différence, d’amour, de misère et d’encore bien d’autre sujets. Finalement, emballé dans un jeu coloré et enfantin, la pilule passe un peu mieux . Il n’empêche qu’en remettant les éléments dans l’ordre, l’histoire est particulièrement tragique.

Une prestation technique étonnante

Rakuen n’est pas un canon technique. Il s’affiche en 4/3 lorsque tous les écrans modernes ont adopté le 16/9 et ne dépassera pas une résolution de 640*480. C’est la raison pour laquelle Rakuen nous concerne tous. Il s’agit d’un jeu que n’importe quel ordinateur peut exécuter et qui réussi à transcender sa dimension technique limitée pour toucher le joueur en le faisant rire, pleurer mais aussi se prendre d’affection pour le jeune garçon qu’il incarne.

Il s’agit bien d’une leçon de game design puisque le jeu, fruit de la création d’une seule personne, réussi là où la quasi-totalité des productions parues ces 5 dernières années ont échoué. Rafraîchissant, dépaysant et plus ambitieux qu’il n’y paraît, Rakuen sert une histoire savamment écrite, soutenue  par une bande son subtile et captivante. Merci pour ce grand jeu Madame Shigihara !