En tant que joueur, vous n’êtes pas étrangers aux problématiques qui entourent le piratage. Il ne s’agit pas ici d’un « hacker » sur Fortnite qui d’un coup semble capable de voir à travers les murs. Nous parlons bien d’équipes d’informaticiens capables de se procurer les fichiers d’un jeu, d’en contourner les systèmes de sécurité puis de le mettre à la disposition du plus grand nombre sans que ces derniers ne soient obligés de payer quoi que ce soit.

Ces équipes perçoivent la plupart du temps les DRM (Digital Right Management) ou Gestion des Droits Numériques en français, comme un genre de défi qui leurs seraient lancé. Défi que ces équipes relèvent, la plupart du temps, haut la main. Je ne tiens pas à communiquer ici autour des sites qui pratiquent ce genre d’opérations mais il est aujourd’hui tout à fait possible de se procurer des jeux comme Shenmue I et II Remastered, No Man’s Sky ou Crash Bandicoot N’sane Trilogy sans dépenser quoi que ce soit, en tout illégalité évidemment (on ne vous y encourage pas hein !).

En tant qu’informaticien et développeur, je ne peux que condamner le fait de priver l’éditeur et le développeur des revenus issus de son travail . Mais je ne suis pas là pour faire la morale à qui que ce soit. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est le flou artistique qui existe lorsque vous devez user de ce genre de méthode… pour des raisons de compatibilité.

Qu’est-ce qu’un DRM ?

Il y a de nombreux systèmes de DRM, mais les plus utilisés à l’heure actuelle sont Steam, Origin, Uplay ou encore le Microsoft Store et le PlayStation Store si vous jouez sur console. Vous n’arrivez pas à me suivre ? C’est normal, tous ces noms vous évoquent certainement des boutiques en ligne qui vous vendent des jeux et sur lesquels vous devez vous connecter pour profiter de vos achats. Mais justement, c’est au moment de votre connexion que votre boutique favorite se transforme en DRM et va vérifier sur un serveur que vous avez l’autorisation de lancer ce jeu. Cette autorisation s’obtient le plus souvent grâce à une clé de produit que vous aurez obtenue en l’achetant dans la boutique.

Le processus est totalement transparent pour l’utilisateur, mais si vous tentez de lancer un jeu Steam sans que ce dernier ne soit déjà opérationnel, il y a de forte chance pour que le logiciel de Valve vous réclame vos identifiants.

En résumé, c’est ça un DRM, un système qui vérifie que vous avez le droit de lancer le jeu.

Quel est le problème alors, puisque tout ça fonctionne ?

Vous avez raison, tous les logiciels que j’ai cités fonctionnent encore aujourd’hui sur des systèmes d’exploitation très âgé. Rien ne vous empêche même de jouer à vos jeux de PlayStation 3 et de Xbox 360. Mais ça n’est pas là que le bât blesse.

En effet, lorsqu’un éditeur décide de sortir un jeu, il estime parfois que le DRM proposé par la boutique qui vend son produit n’est pas suffisamment solide. Le cas se pose surtout sur PC. Les jeux protégés uniquement par le DRM Steam, par exemple, sont tous disponibles en téléchargement illégal le jour de leur sortie. Ce n’est donc pas un moyen efficace pour lutter contre le piratage.

Pour contourner le problème, les éditeurs décident donc d’inclure dans leur jeu un second DRM, qui n’est pas lié à la boutique mais bien au jeu. En faisant cela, ils ont la main sur le système de protection de leur produit et s’assurent que ce dernier a le niveau de sécurité qu’ils exigent.

Le gros problème de ce système, c’est que les DRM de chaque jeu sont différents. Mieux, ils prennent généralement la forme d’un logiciel supplémentaire que le jeu installe sur la machine et qui s’exécutera avant chaque lancement du jeu pour vérifier que tout est en ordre. Seulement voilà, il y a quelques années, pour proposer des solutions « sécurisées », les DRM installaient des fichiers très profondément dans l’arborescence Windows. Avec le temps, ces logiciels n’étaient plus mis à jour et créaient des problèmes de sécurité.

En d’autres termes, le système de protection de votre jeu qui fonctionnait sous Windows XP devenait un danger potentiel pour Windows 7 puisqu’il n’était plus à jour. Naturellement, les éditeurs de jeux ont autre chose à faire que mettre à jour les DRM de leurs vieux jeux. C’est pourquoi Microsoft a décidé que ce genre de pratique devaient cesser. Les vieux DRM ne sont donc plus pris en charge dans Windows 10 pour des raisons de sécurité. De fait, si le système de protection ne fonctionne plus, il ne peut plus lancer le jeu. Voilà qui n’est pas bien pratique !

Donc le jeu pourrait fonctionner, mais le DRM le bloque ?

C’est ça, le jeu peut toujours fonctionner, mais son système de protection ne fait plus son travail parce qu’il est trop vieux. Donc si vous avez acheté votre jeu il y a 10 ans et que le DRM n’est plus compatible, vous ne pouvez plus y jouer.

Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Vous ne pouvez plus y jouer si vous décidez de rester dans la légalité. Modifier un DRM est tout à fait illégal, même lorsque votre jeu a 20 ans ! Oui mais voilà, si vous souhaitez vraiment jouer, de surcroît à un jeu que vous possédez, c’est la seule solution.

Il est donc possible de contourner le DRM d’un jeu ?

Tout à fait, c’est ce que font les équipes d’informaticiens dont je parlais plus tôt. Ils contournent les systèmes de protection sur des jeux récents et le mette ensuite à disposition de tous, sans se préoccuper de savoir si les gens vont l’acheter ou non par la suite.

Dans le cas qui nous intéresse, vous possédez le jeu, vous l’avez acheté légalement et il fonctionnait sur votre ancien système. En changeant d’ordinateur, vous avez aussi changé de système, et voilà que le jeu ne fonctionne plus.

La solution réside donc dans un petit fichier que l’on appelle « crack ». Il n’est pas question de drogue ici, rassurez-vous. Un crack est un petit fichier, généralement avec l’extension « .exe » qui vient remplacer celui permettant de lancer votre jeu. Ce fichier est conçu pour lancer le jeu même lorsque le DRM ne lui donne pas l’autorisation de le faire, ce qui est parfaitement illégal, puisqu’il s’agit là de contourner un système anticopie.

Mais alors, le jeu fonctionne de nouveau ?

Dans 90% des cas, oui, les problèmes de compatibilité sur les vieux jeux PC proviennent la plupart du temps de DRM mal conçus. Pour terminer, vous devez savoir que la majorité de ces DRM n’étaient déjà pas efficaces à l’époques où ils étaient utilisés. Les jeux ont été piratés de tout temps et aucun DRM n’y a jamais rien changé.

Encore aujourd’hui, Denuvo, un DRM réputé inviolable et très répandu dans l’univers du jeu vidéo AAA se voit régulièrement contourné. Plusieurs exemples feront date comme Metal Gear Solid V, Mad Max, FIFA 18 et Battlefield 1 dont le DRM n’a pas survécu à la sortie des jeux. Ces derniers se sont ensuite retrouvés disponibles gratuitement sur internet le jour même de leur sortie. De quoi se poser la question de l’efficacité de ce genre de solutions.

De fait, j’aimerai vous laisser sur cette interrogation : Trouvez-vous moralement acceptable de devoir contourner le DRM d’un jeu que vous possédez pour pouvoir y jouer ?