Il y a 20 ans, pendant que certains jouaient à Pokémon et regardaient Code Lyoko à la télévision, je découvrais avec plaisir le fabuleux univers des jeux de gestion à l’humour décalé. Parmi les noms souvent présents sur les jaquettes de mes jeux favoris, se trouvait “Bullfrog”. Fondé par Peter Molyneux en 1987, ce studio britannique a connu de grands succès avec des jeux comme Populous, Syndicate, Theme Park et Theme Hospital. Ce dernier, se positionnait comme un jeu de gestion dans l’univers merveilleux des hôpitaux enrobé d’un humour noir et grinçant dont les anglais sont les meilleurs ambassadeurs encore aujourd’hui !

21 ans plus tard, Lionhead (un autre célèbre studio de Peter Molyneux) et Bullfrog ont fermés leurs portes mais deux anciens salariés des entreprises du célèbre game designer se lancent dans la création de leur propre boîte : Two Point Studios. Leur premier jeu, Two Point Hospital, édité par SEGA, se présente comme le successeur spirituel de Theme Hospital sorti en 1987.

Bienvenue à Two Point County

Two Point Hospital vous place dans la peau du nouveau directeur d’un réseau d’établissements de santé dans la ville de Two Point County. Durant votre carrière, vous visiterez une quinzaine d’établissements dont la localisation, les moyens et les objectifs seront aussi absurdes que variés. Dès les premières secondes, le jeu installe une ambiance typique des jeux de gestions de l’époque ! La musique jazzy donne un certain cachet à l’univers tandis que les couleurs chatoyantes des graphismes viendront renforcer une réalisation techniquement robuste et particulièrement détaillée.

Les effets graphiques sont peu nombreux mais servent à magnifier une direction artistique résolument cartoonesque ! Conçu avec le moteur Unity, le jeu livre un résultat tout à fait satisfaisant, d’autant que les temps de chargements ne sont qu’un lointain souvenir et que le jeu ne souffre d’aucun ralentissement, même lorsque votre hôpital devient un véritable centre commercial !

Le jeu est très vivant !

Canard freudien, Diarrhée verbale et fuite de cerveau

“Soigner vos patients”, tel sera, en principe, votre objectif. Vous vous rendrez rapidement compte que votre hôpital est d’abord conçu pour faire de l’argent, tandis que vous malmènerez vos patients, souvent sans raison, mais avec un profond sentiment de satisfaction (du devoir accompli, évidemment).

Soigner quelqu’un se fera rarement à l’aide d’une simple visite chez le généraliste, et il vous appartiendra d’aménager vos salles pour le bien être des malades mais aussi de votre personnel. Particulièrement capricieux les uns comme les autres, ils n’auront de cesse de vous demander des augmentations tout en prenant toujours plus de pauses pipi ! Entre deux breaks, vos médecins tenteront de soigner les nombreuses personnes qui se présenteront chez vous.

La nombre de pathologies est tout à fait étonnant même si l’on distingue rapidement que certaines d’entre elles se soignent à l’aide des mêmes salles et professionnels. Cependant, les plus drôles feront intervenir des patients physiquement hors norme, tantôt équipé d’une ampoule en lieu et place de tête, tantôt persuadé d’incarner l’une des plus grandes rockstar de l’histoire. Vos patients insuffleront un vrai sentiment de vie à chacune de vos parties. Mention spéciale à l’équipe de localisation qui s’est chargé de traduire et localiser les textes de la version française, ils se dégustent sans modération. Un exemple, parce que c’est très drôle :

Rabat-joie : Peur de s’amuser en raison d’un balai mal placé.

Canard freudien : Une tendance à avancer les lèvres de manière excessive devant un appareil photo.

Marmitête : Attachement involontaire aux ustensiles de cuisine, provoqué par une maîtrise culinaire déplorable.

Jamais vulgaire mais toujours incisif, le jeu trouve sa personnalité dans le caractère unique de chaque patient et chaque membre du personnel. Ils ont leurs tics, leurs qualités et leurs défauts et c’est à vous qu’il incombe de composer avec tout cela !

Un système de gestion complet mais parfois obscure

Au-delà de l’enrobage, Two Point Hospital était aussi attendu par les amateurs de jeux de gestion comme un nouveau défi à relever. Difficile d’être déçu, tant la variété des scénarios mais aussi la profondeur du gameplay force le respect. En plus des aspects classiques de la gestion comme l’habituel ratio dépense/revenus, le recrutement et de la construction des salles, Two Point Hospital sait se renouveler à l’aide d’une myriade d’élément introduits petit à petit pour épaissir un gameplay accessible.

Prenons l’exemple des temps de pause de vos salariés. Vous pourrez définir très précisément le nombre de personnes autorisées à prendre une pause simultanément. Mieux, vous pourrez assigner des tâches spécifiques à chaque membre de votre personnel et proposer des formations destinées à améliorer les compétences de chacun d’eux.

Plus discret mais rapidement critique, l’aménagement de votre hôpital sera un enjeu majeur durant vos parties. Le jeu autorise les écarts lorsque la carrière débute : embaucher à tour de bras, négliger les temps de pauses, construire des salles à la volée, tout cela ne sera pas pénalisant les premiers temps. Mais dès que les objectifs à atteindre deviendront corsés, il vous faudra explorer les menus et sous-menus du jeu pour régler finement chaque détail de l’organisation de votre établissement. La satisfaction n’en est que plus grande lorsque le tout trouve un équilibre sans que vous n’ayez plus besoin d’intervenir.

Néanmoins, je ne peux que constater que l’ergonomie des menus n’est globalement pas optimale. Trouver un objet implique souvent de faire défiler une interminable liste d’éléments tandis que les menus de gestion sont curieusement regroupés. Les informations sur le personnel, par exemple, ne sont pas toutes accessibles depuis une fenêtre unique. La gestion du salaire se fera dans un menu totalement inaccessible depuis le panneau de recrutement et réciproquement. Cela rend le côté gestion un peu difficile à aborder même s’il ne faut rien y voir d’insurmontable. Qui plus est, une simple mise à jour suffirait à rectifier le tir, gageons que ce sera le cas dans les semaines à venir !

L’information n’est pas centralisée

Un beau jeu de gestion dans un emballage so british

Deux points restent néanmoins frustrants en ce qui me concerne. Le premier concerne de DRM du jeu. Denuvo à encore frappé et Two Point Hospital était jouable gratuitement avant sa sortie puisque le système de protection dont l’inefficacité n’est plus à démontrer n’aura pas réussi à empêcher sa diffusion sur les réseaux parallèles. SEGA a finalement décidé de retirer Denuvo de son jeu pour ne pas impacter les joueurs l’ayant acheté, décision difficile que je salue.

L’autre point concernent les deux voix-off du jeu. Si l’anglais n’est pas un problème pour vous, vous risquez de rire très fort ! En effet, une hôtesse vous donne régulièrement des indications sur l’état de votre établissement. Hygiène, incendie, plante décrépie, toutes les annonces seront toujours faites sur un ton mielleux et sucré en parfait décalage avec l’urgence des situations. Humour anglais, quand tu nous tiens ! L’autre voix incarne le DJ de Two Point Radio qui diffuse quelques messages publicitaires parfaitement inappropriés entre deux chansons. Malheureusement, tout cela n’est pas traduit, et c’est bien dommage !

Two Point Hospital est l’archétype du jeu que l’on aimerait voir plus souvent. Malin et bien construit, il ne fait pourtant pas de promesse qu’il ne peut tenir. L’attention au détail est à peine croyable et procure un vrai sentiment d’immersion. Une pépite, dont les imperfections ne ternissent jamais la réalisation de qualité et le système de jeu complet et efficace.