Pour savoir si une franchise de jeu vidéo est populaire, il suffit de regarder son évolution et sa présence transmédia. En ce qui concerne Tomb Raider, Lara Croft a fait ses débuts en 1996 sur SEGA Saturn, PlayStation, PC et Mac. En 2018, elle ne compte pas moins de 12 jeux (répartis en trois séries), 3 spins-off, 3 films, des bandes-dessinées, des romans et même un jeu de plateau annoncé il y a une semaine à peine. Vous l’aurez compris, nous sommes en face d’une des franchises les plus importantes du jeu vidéo, une de celles qui ont contribué à rendre ce média grand public, une de celles qui ont relevée des défis technologiques. S’il fallait, en un mot, résumer la franchise : « monument » serait le plus adéquat.

De fait, lorsque Shadow of the Tomb Raider a été annoncé par Square Enix comme étant la conclusion de la série initiée en 2013, chacun s’attendait à un grand jeu ! J’y ai joué, je l’ai terminé et je vous propose de faire le bilan d’un jeu qui n’est absolument pas ce que vous pourriez imaginer.

Techniquement irréprochable, comme toujours

Si vous avez suivi nos émissions du mois d’août ou notre émission consacrée à Shadow of the Tomb Raider, vous aurez remarqué le soin apporté à la technique derrière la franchise Tomb Raider. Toujours bien optimisés, les jeux de la série principale se veulent à la fois peu gourmands en ressource mais toujours maîtrisés lorsqu’il s’agit de plonger le joueur dans un environnement. Animations, textures, modélisation, post-traitement sont du plus bel effet et Shadow of the Tomb Raider est sans conteste le plus beau jeu paru cette année grâce à un réalisme saisissant et une direction artistique de haute volée.

Tous les aspects créatifs du jeu sont maîtrisés. Chaque scène fourmille de détails sans jamais limiter artificiellement l’espace. La jungle donne vraiment le sentiment d’être dense, vaste et coupée du monde, tandis que les villes que vous visitez seront vivantes grâce à des personnages non jouables nombreux ayant leurs propres activités. La musique est exceptionnelle, une fois encore, alors que le doublage français doit composer avec un changement d’actrice pour la voix de Lara Croft. Très déstabilisant au début, cette nouvelle voix s’en sort plutôt bien sans jamais vraiment briller. Lara semble certes plus dure, plus forte, mais le jeu est parfois mal assuré et certaines répliques sonnent fausses. Rien de rebutant néanmoins puisque l’aventure se laisse parcourir et que les cinématiques, tout comme la caméra du jeu, demeurent maîtrisés pour assurer le spectacle à tout instant.

La version Xbox One X est tout simplement époustouflante grâce à une lumière HDR du plus bel effet et une résolution 4K native fluide.

Une conclusion ? Vraiment ?

De mon point de vue, c’est là que le bât blesse. Shadow of the Tomb Raider doit apporter une conclusion à l’histoire entamée en 2013. Essayons de résumer la situation rapidement : Lara Croft s’échoue sur une île où elle comprend que le surnaturel côtoie souvent la réalité, elle commence à comprendre la portée du travail de son père. Elle réalise ensuite qu’une puissante organisation cherche à dominer le monde en s’appuyant sur les recherches du père de Lara : les Trinitaires. Elle découvre que ce sont eux qui ont assassiné son père, qui avait fait une découverte capitale.

Shadow of the Tomb Raider a donc la lourde tâche de faire la lumière sur cette découverte et de conclure la trilogie dans le même temps. Concernant la découverte en elle-même, je me cantonnerai à ce qui est expliqué dans les bande-annonce du jeu pour ne pas trop en dire. Lara Croft met la main sur une dague et déclenche par la même occasion l’apocalypse. Un long voyage l’attend pour réparer son erreur et venir à bout des Trinitaires. Le scénario, bien que convenu, reste plaisant à suivre grâce à des influences diverses et souvent inattendues

Si le sort de l’humanité n’est pas dénué d’intérêt, les révélations sur le passé de la famille de Lara sont nettement plus décevantes. Expédiées sans cérémonie, les bribes du passé qui nous sont servis sont passionnants mais totalement sous-exploités. Le manoir des Croft n’est pas présent comme dans Rise of the Tomb Raider et les nombreuses questions que j’ai pu me poser n’ont finalement jamais trouvé de réponse. De la même façon, la fin du jeu n’appelle pas à une suite, mais ne livre pas les réponses attendues depuis deux épisodes. Certains personnages n’ont tout simplement pas eu droit à une ligne de texte, comme la mère de Lara dont la mort est évoquée en tout début de partie sans être franchement convaincante. De fait, j’ai clairement rongé mon frein sur cet aspect du titre tant la fin est convenue et frustrante. Seul espoir, les DLC du jeu qui arriveront plus tard cette année qui mettront, je l’espère, en lumière de nouveaux aspects de l’histoire des Croft.

Une héroïne perfectible et têtue

L’héroïne est l’aspect du jeu mérite le plus d’être développé puisque c’est là que je n’attendais rien mais que la surprise fut de taille : Lara Croft n’est pas parfaite. Dans les deux opus précédents, son acharnement finissait toujours par payer et par la force des choses, elle avait finalement raison sur toute la ligne sans jamais mettre en danger personne. 

Dans Shadow of the Tomb Raider, c’est Lara qui déclenche l’apocalypse. C’est encore elle qui ne prête pas attention aux évènements autour d’elle, quitte à laisser des innocents mourir parce qu’elle doit accomplir quelque chose de plus grand. Le jeu suit la descente aux enfers d’une héroïne qui a fini par trop prendre confiance en elle et causer des catastrophes. Lara ne provoque plus d’empathie, mais un vrai sentiment de rejet dans la première partie du jeu. C’est vous, le méchant de l’histoire, et c’est très bien ainsi. Tout n’est pas blanc et noir, chacun a des intentions différentes qui ne sont pas mauvaises sur le fond mais ont des conséquences terribles. 

Bornée, meurtrière et cruelle, la nouvelle Lara montre une nouvelle facette de sa personnalité qui s’entrechoque violemment avec ses valeurs altruistes et solidaires habituelles. Pas incompatible pour autant, ces aspects d’une même personne fait l’objet d’un traitement soigné, violent et toujours juste. Lara ne donne pas gratuitement dans le mélodrame et ne se transforme pas non plus en une machine de guerre pour son simple plaisir. Ces actes sont motivés et les conséquences sont réelles.

Un gameplay complet, enfin !

Lara n’a tout simplement jamais eu autant de mouvements possibles. Elle nage, escalade, se balance à flanc de montagne level design solide sait mettre le talent du joueur à rude épreuve. Finir Shadow of the Tomb Raider en difficulté normale sera relativement simple pour quelqu’un ayant joué aux précédents. Je conseillerai d’ailleurs aux habitués de partir directement à l’aventure en mode difficile pour profiter d’un challenge relevé, sans quoi le jeu n’opposera jamais vraiment de résistance à votre progression. Pour les nouveaux venus, privilégiez le mode normal ou facile. Shadow of the Tomb Raider ne s’adresse pas à tout le monde et il faudra de la patience, de la réflexion et beaucoup d’agilité pour en venir à bout.

Jamais injuste, le jeu souffre parfois d’errances dans sa construction tandis que les ennemis, plutôt futés, vous donneront souvent du fil à retordre. Un bémol néanmoins sur le système de compétence s’impose. Lara peut dépenser ses points de compétences dans une fresque listant toutes les aptitudes à obtenir. Très jolie à regarder, cette peinture manque franchement d’ergonomie et il n’est pas toujours simple de comprendre qu’une compétence est nécessaire pour en débloquer une autre. Le système de tenue et de création de consommables comme les flèches de votre arc est directement hérité de Rise of the Tomb Raider. Pratique et bien conçu il est parfaitement utilisable aussi bien avec une manette qu’avec un clavier et une souris.

Faut-il craquer pour les dernières aventures de Lara Croft ? Assurément oui, puisque si la conclusion n’est pas fantastique, le chemin à parcourir reste mémorable ! Le contenu du jeu est par ailleurs gigantesque grâce aux tombeaux à explorer et aux nombreuses missions annexes que vous confieront les personnages secondaires pour mieux comprendre l’histoire du jeu. Un must have, sans conteste, qui aurait toutefois pu faire mieux !