Faut-il encore présenter les Sims ? Dans le doute, reprenons les bases. En 2000, Electronic Arts livre au monde un jeu qui allait devenir une icône de la culture populaire. Les Sims est un jeu de gestion au concept aussi simple qu’ambitieux : créer des êtres humains virtuels et gérer tous les aspects de leur vie avant que la génération suivante ne prenne le flambeau. Jouer aux Sims, c’est un peu comme de devenir en même temps Dieu, architecte et assistante sociale. La série a beaucoup changée depuis 18 ans, pas toujours en bien d’ailleurs et c’est pour cette raison que je me suis posé une question simple : les Sims, c’était mieux avant ?

Les Sims, un succès tonitruant

Dès sa sortie, le jeu est accueilli par un flot de louanges, aussi bien du côté de la presse spécialisée que du grand public. A cette époque, j’avais 6 ans et je commençais à jouer avec une famille déjà présente en ville : les Gothik. Leur maison est grande, ils ont des enfants et je peux rapidement appréhender la gestion de base de mes Sims.
Je dois prendre soin d’eux en leur rappelant de manger, de dormir et d’aller au travail ! Il faut également que je fasse attention à leur hygiène et leurs relations sociales avec les voisins du quartier. La vie ici, c’est un peu le rêve américain de l’époque. Le jeu n’est pas très rapide, ce qui me permet de regarder chacun des membres de ma famille vivre. C’est là que se trouve la magie dans les Sims, même lorsque vous ne faite rien, le jeu regorge de petit détail amusant que vous ne remarquerez qu’après plusieurs heures de jeu.
Passé la découverte, et le plaisir sadique de découvrir toutes les façons de tuer sa famille, le jeu tourne rapidement en rond. En effet, chaque jour ressemble un peu plus au précédent et la progression se veut plutôt linéaire. Qui plus est, la gestion des besoins de chaque Sim demande une attention constante, ce qui laisse finalement peu de temps pour le reste ! Il est malgré tout possible de sortir de chez soi pour visiter les lieux publics du jeu, rencontrer des gens et faire des sorties en famille ou entre amis.
C’est alors qu’EA va sortir une palanquée de disques additionnels : sept au total. Chaque disque apporte de nouvelles thématiques pour pimenter un peu le jeu. Magie, vacances, animaux, showbizness, nombreuses sont les aventures disponibles en supplément du jeu de base. Pourtant, aucun de ces disques n’aura vraiment réussi à devenir un must-have. L’objectif était surtout de faire patienter les joueurs avant la sortie des Sims 2 !

Les Sims 2, un jeu tout en profondeur

Dans sa seconde itération, le jeu va connaître plusieurs transformations de taille ! La première, c’est que le jeu est maintenant intégralement en 3D. Ainsi, il est possible de manipuler librement la caméra pour regarder ses Sims de beaucoup plus prêt ! Le monde gagne en détail et le jeu devient tout de suite plus intéressant. Les Sims sont plus complexes et disposent maintenant d’une vraie personnalité. En plus de leur signe astrologique, ils ont également une aspiration : Amour, famille, argent, popularité ou carrière, c’est vous qui décidez ce qui motivera votre personnage à se lever le matin.

Le concept de fond n’a pas fondamentalement changé mais se veut plus épais et plus complexe tout en corrigeant les défauts du premier jeu. Les besoins des Sims ne sont plus omniprésents et les avatars virtuels sont maintenant capable de prendre l’initiative de manger seul avant de mourir de faim.
En plus des aspects graphiques, la direction artistique globale est bien plus attrayante. Les animations sont crédibles, amusantes et donnent de la vie à l’univers du jeu. Le nombre d’interactions entre les Sims a complètement explosé et laisse toute la liberté nécessaire au joueur d’écrire sa propre histoire ou de laisser le jeu simuler la vie de façon autonome, provoquant parfois des catastrophes toujours très drôles !

Là encore, EA n’aura pas attendu très longtemps avant d’inonder son jeu de disques additionnels mais aussi de kits d’objet. Un kit, c’est un produit vendu 20€ qui contient de nouveaux objets et vêtements pour le jeu. Pas d’interactions, de nouvelles façons de jouer, rien que du contenu vendu à prix d’or. Au total, ce sont 8 disques additionnels, 9 kits qui auront rythmé la vie des Sims jusqu’en 2009. Contrairement à la situation du jeu précédent, les disques additionnels, s’ils ne sont pas tous indispensables, réussissent à introduire des mécanismes de micro gestion bienvenus comme la gestion de son commerce ou de son hôtel. Les saisons font également leur apparition tandis que la thématique des animaux a été largement approfondie en laissant au joueur le soin de créer son animal comme il l’entend. Les Sims 2 marque une réelle évolution sur le chemin vers la création de la simulation de vie ultime, celle qu’entend bien incarner Les Sims 3.

Les Sims 3, l’aboutissement d’une vision

Tout comme le passage à la 3D a créé une vraie fracture entre Les Sims et Les Sims 2, la refonte complète du système de jeu fait des Sims 3 la simulation de vie la plus aboutie disponible aujourd’hui. Tout le jeu a été revu de fond en comble pour être aussi ouvert et permissif que possible. Auparavant, les Sims évoluaient sur des zones de jeu à l’échelle d’une maison la plupart du temps. Chaque changement de zone s’accompagnait d’un temps de chargement cassant la fluidité du jeu. Attendre, encore et toujours, que l’éditeur de Sims se charge, puis que la maison de votre famille se charge, puis qu’un lieu public où vous souhaitez juste faire une promenade se charge. Bref, le jeu passait son temps à charger des choses !

Avec Les Sims 3, l’expérience devient un monde ouvert unique et cohérent. Les Sims sont libres de se déplacer où bon leur semble à n’importe quelle heure du jour où de la nuit sans avoir à subir les affres d’un vilain temps de chargement. Mieux, le jeu simule la totalité des activités de la ville et vous serez surpris de découvrir que votre voisin s’est marié ou a eu un enfant pendant que vous meniez votre vie. Le jeu ne se passe plus à l’échelle d’une famille mais bien à l’échelle d’une ville. Si ce changement est clairement bienvenu, il a néanmoins une conséquence désagréable : il faudra une machine de guerre pour le faire tourner convenablement. Le jeu est très joli, très soigné, mais la quantité de données est telle que même les machines les plus puissantes actuellement peineront à faire fonctionner convenablement Les Sims 3 et tous ses disques additionnels.

Avant d’en parler, précisons qu’en plus du monde ouvert, de nouveaux outils ont fait leur apparition dans le jeu. Ainsi, il est possible de créer sa ville, d’en changer la topologie, tracer des routes, décorer le terrain, placer des lotissements. De la même façon, toutes les textures du jeu sont interchangeables de sorte que vous pourrez assortir votre papier peint à la couleur de vos chaussures directement dans le jeu. La liberté de création est quasiment totale et la seule vraie limite sera votre imagination.

Cela n’empêchera pas EA de sortir 11 disques additionnels et 9 kits pour son jeu. Ajoutez à cela un Store sur lequel vous pouvez acheter des objets non disponibles dans les 20 extensions du jeu et vous comprendrez comment Les Sims sont devenu l’une des franchises les plus rentables du jeu vidéo. Quant au fait de tenter de faire fonctionner les 20 extensions simultanément… Je vous le déconseille fortement !

Les Sims 4, l’incompréhension

Comment faire mieux que la meilleure des simulations de vie ? Electronic Arts n’a pas trouvé la réponse à cette question en sortant Les Sims 4. Le jeu marque un retour en arrière sur de très nombreux éléments, à commencer par les graphismes, bien moins joli que ceux des Sims 3 et à peine meilleurs que ce que proposaient Les Sims 2. Le monde ouvert a disparu, tout comme la majorité des outils créatifs du jeu. Les systèmes de construction de maisons et de création de Sims ont été revus mais ils perdent de leur intérêt tant vos créations semblent inutiles une fois en jeu. De nombreuses interactions ont disparu tandis que le système de jeu a été globalement simplifié. Vous ne créez plus votre histoire, vous jouez celle qu’EA vous autorise à découvrir. Pour moi, c’est un échec ! Qui plus est, les nombre d’extension ne cesse de croître pour un jeu qui se dote d’un contenu gargantuesque tout en faisant machine arrière sur le cœur de son concept.

Oui, Les Sims, c’était mieux avant !

Pendant 14 ans, Les Sims ont constitué une vitrine technologique et ludique pour Electronic Arts qui a su trouver l’équilibre entre gestion, simulation et création. Jouer la vie, c’est amusant ! Malheureusement, en faisant machine arrière sur Les Sims 4 pour être plus accessible, le jeu s’est retrouvé dépouillé de sa substance, tant est si bien qu’il ne restait plus grand-chose à faire. Dommage, à l’heure où nos machines sont toujours plus performantes et que le jeu cross-plateforme se démocratise, imaginer une expérience de simulation de vie à grande échelle n’a jamais semblé si excitant !