Loin d’être une source de fracture sociale, le jeu vidéo se veut de plus en plus fédérateur. Depuis plusieurs années déjà, les éditeurs tentent d’inclure de nouvelles fonctionnalités permettant de jouer ensemble de toutes les façons possibles et imaginables. Parmi les pistes explorées se trouvait la coopération en campagne.

Au sein d’un jeu censé dérouler un scénario, il est parfois possible de parcourir ce dernier seul ou avec des amis. Sur le papier, l’idée est intéressante puisqu’il s’agit là d’une façon de vivre une aventure tout en partageant un moment de divertissement avec des proches. Cependant dans les faits, trouver des titres jouables à 2 joueurs en coopération le long d’une campagne reste un vrai défi.

Un cas de figure très concret

Si j’écris ces lignes, c’est aussi que j’ai moi-même été confronté au problème. En effet, un de mes amis habite loin de chez moi et nous souhaitions partager une même expérience autour d’un jeu avec une histoire. Chacun de notre côté, nous avons ouverts nos librairies de jeux respectives pour tenter d’y trouver quelque chose à nous mettre sous la dent.

Premier constat, les jeux en coopération en campagne n’ont plus vraiment la côte, si ce n’est chez Microsoft avec Gears of War 4. En dehors de ce titre, difficile de trouver un jeu récent de qualité à parcourir ensemble. C’est là que nous avons eu l’idée de remonter un peu dans le temps, à une époque où coopérer au sein d’une campagne était un peu plus courant. Nos recherches ont finalement permis d’isoler plusieurs jeux : Dying Light, A Way Out, Dead Space 3 et Unravel Two. Avec un tel programme, nous ne pouvions que passer un bon moment.

Dying Light, beaucoup de douleur pour très peu de bonheur

Sorti en 2014, Dying Light est un jeu d’action-aventure dans un monde ouvert peuplé de zombies. Une mystérieuse épidémie semble avoir eu lieu et l’agent gouvernemental que vous êtes sera rapidement parachuté dans les environs pour mettre en lumière les évènements qui ont précédés la catastrophe.

N’y allons pas par quatre chemins, la différence entre la promesse et le résultat final est abyssale. Le scénario s’enfonce très rapidement dans les limbes de l’incohérence totale avant de douloureusement expulser une fin lamentable à base de QTE. C’est long, souvent déséquilibré  en termes de difficulté, rempli de bugs  et parfaitement frustrant.

Mais, non content d’avoir passé 50 heures sur l’histoire principale, nous avons poussé le vice jusqu’à finir l’extension du jeu qui démontre qu’avec 10 heures de plus, il était encore possible de réaliser quelque chose pire que tout ce que nous avions vu jusque-là. En conclusion, tout n’est pas à jeter mais l’expérience est globalement décevante.  C’est ainsi que commença notre périple dans l’univers merveilleux des jeux en coopération au ras des pâquerettes.

A Way Out, le premier membre du trio de la honte

Puisque l’action-aventure ne nous a pas donné satisfaction, pourquoi ne pas nous tourner vers un jeu narratif ? L’occasion de profiter d’une production EA Originals, sans DLC et jouable à deux. En réalité, contrairement à Dying Light, ce jeu ne peut être joué qu’à deux. Il est obligatoire de trouver quelqu’un avec qui le parcourir (il est bon de préciser aussi que seul l’un des deux joueurs doit avoir avoir acquis le jeu par le biais d’un achat ou d’un abonnement).

Malgré des débuts prometteurs, l’ennui nous gagne rapidement. L’histoire peine à se mettre en place, les interactions  en coopération sont réduites au minimum syndical et… bon sang que ce jeu est laid ! Nous parlons bien d’un jeu EA qui utilise l’Unreal Engine 4 pourtant. Comment peut-on mobiliser une technologie pareille pour aboutir à quelque chose d’aussi faible  techniquement ?

De toute façon, passé les quatre premières heures, l’espoir n’est plus permis. On alterne les séquences d’exploration où il suffit se marcher tout droit pour déclencher des scripts avec des phases d’action sans intérêts qui révèlent les tares terribles de gameplay dont le jeu souffre. Ne parlons même pas de la fin, deux sont possibles et sont parfaitement décevantes.  C’est raté, encore une fois !

Dead Space 3, achevez-moi, par pitié !

Chez Electronic Arts, j’imagine que l’on fait régulièrement des réunions et de préférence avec pleins de gens très intelligents pour discuter de sujets épineux. Le problème de réunir plein de gens très intelligents, c’est qu’il y a de fortes chances pour que les décisions que vous preniez aillent à l’encontre du bon sens. Par exemple, faire un jeu d’horreur jouable en coopération alors que les deux opus précédents se jouaient en solo.

Fort de ce postulat, il est aisé d’imaginer combien Dead Space 3 rate tout ce qu’il entreprend. Outre ses graphismes repoussants  (Bioshock Infinite sortait la même année), le jeu réussi l’exploit de ne plus être un jeu d’horreur. Vos ennemis sont des idiots qui vous attaquent en nombre tellement leur intelligence les limitent pendant que vous suivez bêtement les indications du jeu pour déclencher le script suivant. Sur votre chemin, quelques séquences d’action d’une mollesse à toute épreuve viendront gâcher un peu plus votre plaisir.

Mention spéciale à ceux qui ont travaillé sur les portes dans le jeu. Réussir à rendre l’ouverture d’une porte aussi poussive demande certainement beaucoup de talent. Si vous n’avez pas joué au jeu, imaginez simplement qu’une pression sur le bouton qui actionne l’ouverture ne garantit pas que la porte en question s’actionne . Dans ce cas, presser le bouton compulsivement peut éventuellement débloquer la situation. Selon l’humeur du jeu, le temps qu’il fait dehors ou ce que vous aurez mangé à midi, il faudra s’y reprendre à plusieurs fois. Une expérience infecte et particulièrement pénible que je déconseille à tout le monde . Mention spéciale aux séquences d’escalade et de descente en rappel : rater à ce point quelqu’un chose d’aussi prometteur est une belle performance.

Unravel Two, mais pourquoi ?

Annoncé en juin dernier, Unravel Two a tout pour lui. Il est très joli, possède une histoire simple que l’on suit aisément et se joue obligatoirement  avec deux personnages (mais pas forcément en coopération). Inviter un ami est donc une évidence pour partager un moment de poésie soutenu par un gameplay très agréable.

Seulement voilà, Electronic Arts avait oublié de préciser que le multijoueur n’était pas disponible en ligne. Autrement dit, si je veux jouer avec un ami, il doit venir chez moi  (sauf s’il joue sur console). Encore une décision d’EA qui a demandé l’expertise d’un large groupe de travail.

Alors, à quoi joue-t-on ?

Actuellement, à rien du tout. La vérité, c’est que nous n’avons trouvé aucun jeu à prix un tant soit peu raisonnable avec une histoire qui tienne la route auquel nous aimerions jouer à deux. Pour dire les choses autrement, si nous souhaitons jouer ensemble, il faudra se rabattre sur un jeu en ligne, ce qui n’est clairement pas à l’ordre du jour. Nous voilà donc revenu à notre point de départ, dépité, frustré après des dizaines d’heures passées sur des jeux calamiteux . Non, jouer en coopération durant une campagne n’est clairement pas possible en 2018. Pas simplement, tout du moins.