Si vous êtes nés dans les années 2000, il est probable que le nom « Atari » ne vous dise absolument rien du tout. Pourtant, cette société française fut pionnière dans l’industrie du jeu vidéo, bien avant les acteurs majeurs que nous connaissons aujourd’hui. Seulement voilà, le temps a passé et il ne reste plus grand-chose de la société rayonnante et novatrice qu’elle a été autrefois.

Pong, ça vous parle ?

Que vous y ayez joué ou non, vous connaissez forcément Pong ! Ce jeu sorti sur borne d’arcade en 1972 consistait en deux raquettes disposées de part et d’autre de l’écran se renvoyant une balle. Extrêmement basique dans son concept et sa réalisation, le jeu sur borne d’arcade se vendra à plus de 10 000 exemplaires, un vrai record pour l’époque.

11 ans plus tard, en 1983, le krach du jeu vidéo aux États-Unis met à mal l’entreprise qui se trouve déjà dans une position peu enviable. Elle revendra sa division « ordinateur et console de jeu » à une autre compagnie et la renommera Atari Corporation. Cette société s’intéressera à la fabrication de consoles et d’ordinateurs jusqu’en 1996 où elle fermera ses portes.

Le succès semble au rendez-vous

Plusieurs rachats plus tard, un changement de nom intervient la société se nomme désormais Infogrames Entertainement.
À cette période, Atari sort de très nombreux jeux inspirés de l’univers de personnages de bandes dessinées comme Astérix, Tintin, les Schtroumpfs ou Lucky Lucke. La majorité de ses jeux ont été édités par Atari mais développés par la société espagnole Bit Managers.

Infogrames et ses ambitions démesurées vont mener une politique de rachats conséquente en s’offrant Hasbro Interactive et de nombreux autres studios. C’est ainsi qu’ils récupèrent les franchises Civilization et RollerCoaster Tycoon ainsi que leurs droits d’exploitation.

Un mot sur RollerCoaster Tycoon

Cette série fantastique a fait ses premiers pas sur PC en 1999. Le premier jeu se voulait très complet, quitte à ne pas toujours être un exemple d’accessibilité. Intégralement en 2D, le jeu parvenait à gérer d’immenses parcs d’attraction tout en conservant une certaine lisibilité. Une vraie prouesse à l’époque.

Le début de la chute

Passé l’an 2000, Atari, qui a repris son ancien nom, va perpétuellement s’enfoncer dans une spirale infernale sur le plan financier. Toujours en proie aux achats compulsifs, la compagnie totalisera 500 M€ de perte entre 1999 et 2006. Ce montant correspond à la somme dépensée pour les rachats de studios entre 1999 et 2002.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’Atari va multiplier les échecs commerciaux. RollerCoaster Tycoon 3, Test Drive Unlimited, Astérix & Obélix XXL, aucun de ces jeux ne rencontrera le succès malgré de vrais arguments en leur faveur. Tous ces jeux sortiront systématiquement trop tard pour trouver leur public. Pendant ce temps  Electronic Arts, Ubisoft et Activision faisaient la course aux graphismes. Le jeu vidéo avance très vite à cette époque et Atari ne peut pas suivre.

Encore un mot sur RollerCoaster Tycoon

Au meilleur de sa forme, Atari va produire RollerCoaster Tycoon 3. Enfin, Frontier va produire RollerCoaster Tycoon 3 pour Atari. Le jeu est très joli pour l’époque et propose une expérience plus moderne, intégralement en 3D avec une direction artistique charmante. Tout est fait pour accueillir le joueur et le laisser réaliser ses rêves de grandeurs en bâtissant des parcs à thème de haute volée.

La banqueroute puis le fond du trou

Après une longue traversée du désert et de multiples plans de restructuration, Atari fini par être placé  en cessation des paiements dans le cadre de la loi française en janvier 2013.

11 mois plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, Atari relance son activité grâce à un plan de remboursement de dette validé par la cour Américaine. Les affaires reprennent. Personne ne se doutait alors de ce qui se tramait au sein de la compagnie.

Comment remonter la pente quand on est au fond du trou ? Le meilleur moyen reste d’amasser beaucoup d’argent rapidement. Remakes ou rééditions, Atari avait tout un tas de jeux dans les cartons qui se seraient parfaitement prêté à une remise au goût du jour pour être vendu à un tarif relativement raisonnable. Ce n’est pourtant pas cette option que la société va explorer en priorité.

Alone in the Dark: Illumination

Préférant jouer le tout pour le tout, Atari va parier sur une stratégie vieille comme le monde : produire de nouveaux jeux à des coûts dérisoires pour les revendre à un tarif exorbitant. Le premier jeu à profiter de cette nouvelle approche est Alone in the Dark : Illumination. Imaginez Left 4 Dead et retirez le côté fun. Alone in the Dark est moche et rempli de bugs . Si vous cherchez le nom du développeur sur internet (Pure FPS), vous ne trouverez tout simplement rien. Les membres de ce studio ne sont pas totalement fous quand même.

Mes derniers mots sur RollerCoaster Tycoon

Je vous épargne la déclinaison mobile fade et sans intérêt pour attaquer directement dans le vif du sujet. Un peu plus tôt, je parlais des grandes qualités de RollerCoaster Tycoon. Un jeu de gestion très complet où la créativité peut s’exprimer librement. Oubliez tout ça, ici on pleure devant la pauvreté d’un titre bâclé en croisant les doigts pour que le prochain crash de partie mette fin au supplice.
Outre l’immondice que représente la direction artistique et technique de ce jeu, il réussi l’exploit d’être parfaitement injouable. Rien ne fonctionne bien, que ce soit la création des attractions, la gestion du parc ou la construction de bâtiment, tout est raté à cause de choix d’ergonomie désastreux et une belle démonstration d’incompétence.

Le studio à l’origine de ce jeu est en passe de produire un titre VR pour RollerCoaster Tycoon qui débarquera prochainement sur PlayStation 4. J’imagine que je n’ai pas besoin de vous dire qu’il ne faut pas l’acheter.

L’ultime insulte

Démunit et au pied du mur, Atari a lancé une campagne de crowdfunding pour ressortir l’Atari 2600 revue et corrigée façon 2018. Il se trouve que la somme demandée a été récoltée et que la console devrait sortir… à une date indéterminée à ce jour.

L’avenir d’Atari est sombre, au moins autant que les conditions dans lesquelles les derniers jeux de la firme ont été développés. Il serait peut-être temps d’arrêter le massacre et de songer à une reconversion professionnelle. Fabricant de table de ping-pong, pourquoi pas ?