La réponse peut sembler extrêmement simple de prime abord : une exclusivité, c’est un jeu qui n’est disponible que sur une seule plateforme. Par exemple, Planet Coaster est une exclusivité PC. Seulement voilà, s’il était simple de donner une définition claire et définitive de ce qu’est une exclusivité il y a encore 5 ou 6 ans, les choses ont bien changé, autant pour les joueurs console que PC.

Une question de temporalité

Peu de jeux, aujourd’hui, restent des exclusivités au fil du temps. Prenons un exemple simple : Ratchet & Clank. Paru en 2002 sur PlayStation 2, le titre fait partie de la légende des exclusivités Sony. Encore aujourd’hui, Ratchet & Clank demeure, dans l’imaginaire collectif, une exclusivité. Seulement voilà, entre sa sortie et maintenant, le titre est aussi arrivé sur PS Vita, PS3 à l’identique et sur PS4 au travers d’un remake (le même jeu avec de meilleurs graphismes). 

En tout état de cause, peut-on considérer que Ratchet & Clank est une exclusivité ? Si oui, au mieux, il s’agit d’une exclusivité Sony, vous pourrez en profiter en jouant sur PS2, PS3, PS Vita ou PS4. Néanmoins, au sens strict du terme, le titre n’est pas une exclusivité, puisqu’il n’est pas disponible sur un unique support. 

Cet état de fait est valable pour de très nombreux jeux : The Last of Us, Shadow of the Colossus, Super Mario Galaxy, Uncharted (1, 2, 3) et bien d’autres jeux sont en réalité disponibles sur plusieurs supports. Seul leur lancement initial n’était prévu que sur une unique plateforme. On parlera donc ici d’exclusivité temporaire. 

Du système à l’écosystème

Outre la notion d’exclusivité en fonction du temps, c’est d’abord l’exclusivité de l’écosystème qui prime aujourd’hui. À l’exception du PC qui reste le principal fournisseur d’exclusivité au sens propre du terme, les autres plateformes préfèrent accueillir des exclusivités par constructeur. Il s’agit d’exclusivités par écosystème. 

C’est le cas de The Legend of Zelda Breath of the Wild, une exclusivité Nintendo, mais pas Switch. Le jeu est en effet sorti sur WiiU au même moment que sur la console hybride du constructeur japonais. 

La principale problématique de ce système, c’est que le même jeu doit être capable de tourner sur deux machines différentes dès sa sortie. Or, à l’exception de Microsoft qui partage un écosystème proche entre les consoles et le PC, Nintendo et Sony ont conçu leur machine pour qu’elles soient uniques. Il est illusoire d’attendre la même chose d’une WiiU et d’une Switch, pourtant, sur le dernier Zelda, c’est bien la console la plus récente qui s’en sort le mieux lorsqu’il s’agit de faire fonctionner le jeu ! 

Si vous prenez le temps de parcourir les grandes franchises du jeu vidéo, vous vous apercevrez que la notion d’exclusivité prend tout son sens par éditeur et finalement bien moins par machine. 

Quand le CrossPlay s’en mêle

Un large mouvement de fond vient bousculer la vision que nous avons des exclusivités. Nombreux sont les joueurs à considérer l’achat d’une console pour un jeu disponible seulement sur cette plateforme. Il en va de même pour le rétrogaming, sur des jeux que l’on pensait réservés à tout jamais à une unique plateforme. 

L’avenir semble nettement plus complexe que cela. Initié par Microsoft avec Xbox Play Anywhere, la vision du jeu exclusif tend à s’estomperL’objectif consiste ici à acheter le jeu une fois, pouvoir y jouer sur Windows 10 et Xbox One avec tous les joueurs des deux plateformes. Les sauvegardes sont partagées entre la console et le PC pour une expérience sans interruption. 

Cette logique vient casser le modèle des exclusivités au sens premier. Pour autant, Sony et Nintendo n’ont pas attendu pour proposer leurs titres sur plusieurs supports, dans leur écosystème. Les trois principaux constructeurs naviguent donc tous dans le même sens mais n’abordent pas cette transition de la même façon.  

Chez Sony, la notion d’exclusivité est un élément de démarcation. Dans les faits, cela ne se ressent pas dans les ventes de jeux. En 2018, parmi les 10 jeux les plus vendus sur PS4, seul God of War faisait partie des exclus de la console. Classé 7ème, il se positionnait derrière GTA V, Call of Duty WWII, Black Ops III, NBA 2K 18 et Battlefield 1. Sentant le vent tourner, Sony a fait volteface récemment au sujet du CrossPlay en ouvrant Fortnite et Rocket League aux autres plateformes. 

Nintendo et Microsoft, de leur côté, marchent main dans la main vers un avenir où les jeux et les services pourraient interagir entre eux. Plusieurs exclusivités Microsoft doivent prochainement rejoindre le catalogue de la Switch. 

À l’heure actuelle, si quelques jeux semblent encore sortir sur certains supports plutôt que d’autre, la tendance demeure d’être ouvert et multisupport. Les exclusivités par plateforme continueront d’exister, mais en quantité moindre, tout simplement. 

La question du PC

Il s’agit bien là de parler du PC et non pas de Windows 10 exclusivement. Le PC présente une particularité par rapport à n’importe quelle autre plateforme : le joueur peut acheter ses jeux sur le différent service. Nintendo, Sony et Microsoft propose un unique Store sur leur console tandis que le PC laisse le compte une pléthore de boutiques : Steam, Microsoft Store, Origin, Uplay, GOG, Epic Game Store, Battle.net et tout un tas d’autre dont je vous épargne le nom. 

En apparence, cela pourrait vouloir dire que les joueurs PC ont plus de liberté que les joueurs sur console. Dans les faits, Steam accapare la majorité de la scène puisqu’il s’agit de la principale boutique de jeu dématérialisé sur PC. La stratégie des autres éditeurs consiste… à proposer des jeux en exclusivité sur certaines boutiques. Forza Horizon 4, par exemple, n’est disponible que sur le Microsoft Store. Cela oblige les joueurs PC à faire une gymnastique très désagréable consistant à créer autant de compte qu’il n’y a de boutique et posséder une librairie morcelée au travers de multiples services. Une vraie plaie… 

Une exclusivité en 2019, c’est quoi du coup ?

Principalement un titre proposé par Sony, Microsoft ou Nintendo, souvent disponible sur plusieurs plateformes et destiné à enrichir le catalogue de l’écosystème. Entre le CrossPlay, la rétrocompatibilité et les remakes, difficile de dire ce qui est exclusif et ce qui ne l’est pas. Les portages sont légions et le timing est parfait pour découvrir de nouvelles franchises jusqu’alors inaccessibles, sur votre machine de prédilection.