En tant qu’européens, de nombreux et excellents jeux ne parviennent jamais jusqu’à nous. C’est le cas d’un grand nombre de titres japonais qui, avec le temps, trouvent leur chemin jusqu’au vieux continent. Les jeux Phoenix Wright ne sont pas à ranger dans cette catégorie, mais le choix de Capcom d’en faire une exclusivité Nintendo DS a largement limité sa diffusion auprès des joueurs. Fort heureusement, les trois jeux originaux et réadaptés au goût du jour sont maintenant disponibles sur toutes les plateformes actuelles.

Laissez-moi donc vous présenter Phoenix Wright, un avocat débutant plein de bonne volonté prêt à défendre la veuve et l’orphelin. Toujours du bon côté, il défendra des accusés empêtrés dans des affaires passionnantes et souvent complexes. Les jeux s’adressent clairement aux amateurs d’énigmes alambiquées. La moindre preuve pouvant soudainement retourner les enjeux du procès en cours. Ce poste d’avocat de la défense vous tente ? Voici vos missions en détail.

Une histoire interactive où lire est primordial 

La série se range dans la catégorie des « visual novel ». Il s’agit d’histoires interactives racontés principalement par le biais de textes et d’images. Votre rôle sera de lire cette histoire puis, au moment opportun, de débuter votre enquête. Les phases de jeux sont linéaires et vous aurez souvent à accomplir un certain nombre d’action dans un certain ordre pour déclencher la suite des événements.

Tout l’intérêt des procès réside dans leur originalité. En apparence, les affaires sont toutes bâties sur le même modèle : un meurtre, un suspect principal innocent, une galerie de témoins plus ou moins fiables. Ce serait sans compter sur la créativité de l’équipe de développement pour créer des meurtres inattendus. Un assassin qui lévite, un régime de banane en guise d’arme du crime et tant d’autres situations burlesques sont au cœur de l’intrigue des trois jeux Phoenix Wright.

Chacun des titres propose une vingtaine d’heures de jeu où vous découvrirez l’évolution des différents personnages qui entourent Phoenix. Cette trame, loin d’être anecdotique, est le second atout de la série. Chaque personnage a un passé, des aspirations et une personnalité propre. L’écriture, en plus d’être intelligente, réussie toujours à rester accessible. À vous ensuite de réussir à mémoriser les informations pour vous en servir au mieux durant le procès.

Un gameplay simple qui évolue au fil de jeux 

Votre aventure se découpe en épisodes. Leur nombre n’a pas d’importance puisque chaque jeu compte sensiblement la même durée de vie. Pour progresser, chaque épisode se découpera en trois phases : le contexte, l’enquête et le procès.

Poser le contexte revient à suivre l’histoire de façon linéaire. Vous n’aurez rien à accomplir à proprement parler mais devrez vous imprégner des faits, du lieu du crime et des personnages qui gravitent autour de l’affaire. Souvent énigmatique, l’introduction vous donne des éléments clés pour la suite de votre affaire, et il est essentiel de la regarder attentivement.

L’enquête est la première phase de jeu où vous serez actif. Ici, vous pourrez explorer plusieurs zones en intérieur et en extérieur afin de mener vos investigations. Trouver des preuves, interroger les témoins, corroborer les versions de chacun sont autant de missions, parfois difficiles, dont vous devrez vous acquitter. Cette phase ressemble à un jeu d’objet caché où vous devrez cliquer sur les bonnes zones de l’écran pour trouver les objets clés. Les témoins vous donneront souvent du fil à retordre et vous devrez leur présenter le bon objet pour les amener à se livrer. Les lieux à explorer sont nombreux, tout comme les objets à trouver qui deviendront des preuves.  Chaque preuve est une arme une fois à la barre, et la description qui l’accompagne est souvent plus importante que la preuve elle-même.

Vous avez réuni vos preuves, interrogé vos témoins, il est maintenant temps de débuter le procès. Vous incarnez l’avocat de la défense contre l’État à l’accusation. Le procureur appelle ses témoins les uns après les autres afin qu’ils partagent avec la cour ce à quoi ils prétendent avoir assisté. Cette phase est de loin la plus satisfaisante puisque c’est à ce moment que vous devrez trouver un moyen de mettre en défaut le témoin. Certains mentent volontairement à cause de ce qu’ils ont à cacher. D’autres omettent certains détails ou se trompe en toute bonne foi. Dans tous les cas, vous devez contrer les témoignages accablants pour votre client en présentant la bonne preuve au bon moment. Il arrivera qu’en apparence, le témoin dise toute la vérité, aucunes de ces répliques ne semblant contenir de faille. Vous pourrez dans ce cas lui demander de développer un point précis de son témoignage pour trouver un angle d’attaque. Loin d’être difficile à prendre en main, ces joutes verbales mettront à l’épreuve votre logique et votre capacité à penser « différement ». Envisager une nouvelle hypothèse, aussi curieuse puisse-t-elle sembler, vous sortira de l’impasse, tandis que ceux s’en tenant uniquement aux faits perdrons rapidement patience. En un sens, il faudra faire preuve de créativité pour lever le voile sur la vérité et éviter la prison à votre client.

Techniquement honnête, artistiquement fameux 

L’univers de Phoenix Wright est lumineux, détaillé et naïf, tout du moins en apparence. Les graphismes léchés et la bande-son inoubliable cachent un jeu très profond qui traite de sujet d’envergure comme la corruption, la lutte de pouvoir ou l’interprétation de la loi. Chaque personnage est dessiné et animé avec soin tandis que les décors variés donnent envie d’en savoir plus sur cet univers propret de prime abord mais très mystérieux. En l’absence de doublages, on ne pourra que saluer la qualité de la localisation française, tant dans les noms que dans le texte. Drôle et facile à lire, l’ensemble du jeu peut se vanter d’avoir beaucoup de personnalité. Les différents protagonistes ont tous leur façon de parler, de se comporter, ce qui les rend finalement très attachants. 

La vraie prouesse, c’est d’avoir réussi tout ça sur un format portable à l’origine. Si la transition vers les supports de salon peut sembler évidente, il ne s’agit pas d’un simple portage. Tous les petits détails qui auraient pu gâcher l’expérience ont été remaniés. Les graphismes sont nets et détaillés. La bande-son de grande qualité a été remasterisée sans être dénaturée et de nouvelles fonctionnalités sont les bienvenues comme la gestion de plusieurs sauvegardes et un vrai panneau de configuration pour personnaliser les commandes, l’affichage et l’audio. 

Un must-have pour tous les amateurs de jeux d’enquête 

Vous avez aimé les enquêtes de L.A. NoireGhost Trick ou Danganronpa ? Vous appréciez les jeux narratifs comme ceux de Telltale ? Il y a de fortes chances pour que les jeux Phoenix Wright vous fassent succomber. Beaucoup d’humour, de mystères à résoudre et de personnages attachants jalonnent ces trois jeux pour environ 60 heures de plaisir. Il faut aimer lire, beaucoup même, et ne pas avoir peur de penser différement. Lorsque vient finalement la révélation finale, le sentiment d’accomplissement n’en est que plus fort. 

Disponibles sur Switch, Xbox One, PlayStation 4 et PC pour une trentaine d’euros, je ne peux que recommander ces aventures de haut vol, réunies dans un pack à petit prix.