Disons les choses simplement : je ne suis pas un grand amateur des jeux Gears of War. J’apprécie les thèmes abordés par l’intrigue mais nettement moins le style cover shooter qui consiste à rester planqué la moitié du temps derrière des barricades pour tuer des ennemis dix fois trop résistants. Les effusions de sang et les démembrements sont très divertissants au début mais deviennent rapidement redondant en ce qui me concerne. Bref, je savais que Gears 5 allait certainement dans la même veine que les précédents opus, ce qui ne m’a pas poussé à suivre l’actualité du jeu outre mesure. Bon sang ce que j’avais tort !

Une vraie campagne solo

Si les interminables échanges de tir sont toujours de la partie, la campagne solo fait peau neuve en proposant une vraie narration, du rythme et une très large variété de situations. Le gameplay a lui aussi été largement remanié pour être plus réactif et diversifié qu’auparavant.

Gears 5 prend place après les évènements du jeu précédent et vous débuterez votre partie à Azura, dans un environnement tropical des plus réussis. Le jeu prend le temps de poser le décor et vous ne serez à aucun moment brusqué ou confronté à l’incompréhension durant ce premier niveau de jeu. L’intensité de l’action va néanmoins rapidement augmenter et les premiers obstacles à surmonter demanderons de la détermination. Le ton est clair : Gears 5 n’est pas un shooter à regarder de loin, il va falloir se remonter les manches pour traverser les différents niveaux.

L’alternance de rythme est d’ailleurs la meilleure nouveauté de cet épisode. Gears of War 4 ressemblait dans sa construction à de nombreux autres jeux similaires. L’histoire était fermement ancrée sur les rails et rien ne pouvait l’en dévier. En adoptant le format zero to hero, The Coalition a livré un jeu très plaisant mais trop peu varié pour susciter l’intérêt durant la courte campagne proposée. Tout cela a été entendu par l’équipe de développement qui s’est attelé à revoir sa formule. Les lieux explorés sont souvent ouverts et permettent l’exploration tandis que de nombreux documents peuvent être collectés pour mieux comprendre le contexte de tension qui règne.

Toute la force de l’histoire réside dans les strates narratives du titre. Vous commencerez par jouer JD Fenix, M. Parfait dirons certains, qui incarnera tout ce qu’était Gears of War 4. Après une bonne heure de jeu, le point de vue change et vous incarnez Kait, le personnage principal de Gears 5. Loin de la ville, du QG de la CGU (les « gentils ») et de l’environnement très rigide de l’armée, le jeu nous emmène tantôt dans des paysages verglacés, plus tard au cœur d’un désert rouge sang. Tout en subtilité, le titre parvient à faire se succéder des ambiances jusqu’ici jamais vu dans un titre Gears. Les phases d’action n’en sont que plus intéressantes puisqu’au-delà des vagues d’ennemis décérébrés, le nouveau bestiaire va demander de brancher son cerveau et de faire preuve d’ingéniosité pour ne pas finir décapiter… dans le meilleur des cas.

Sans trop en dévoiler sur l’intrigue, disons que Kait va rapidement se rendre compte de son lien avec ces ennemis, ceux qui ravagent le monde et tuent la population. Victime de puissant cauchemar, elle sera incapable d’empêcher la mort de son oncle tôt dans la partie (ce qui n’est pas du spoile puisque le premier trailer de Gears 5 l’annonce clairement). Bref, il semble loin le temps des enjeux manichéens entre les gentils ou les méchants, tout ici est affaire de point de vue, alors que la guerre frappe plus fort que jamais.

Le multijoueur XXL s’élargit encore 

Si vous disposez de l’édition Ultimate (ou de Game Pass Ultimate, ce qui vous reviendra à moins cher), vous aurez le plaisir de retrouver des personnages jouables en provenance de Halo et Terminator (oui, Sarah Connor est jouable dans Gears of War) ainsi qu’un des acteurs des Gardiens de la Galaxie. Passé cette anecdote amusante, le multijoueur de Gears of War est extrêmement complet grâce à des modes de jeu connus comme la horde ou la bataille mais surtout les nouveautés que représentent le mode fuite et son éditeur de niveaux. 

En mode fuite, vous avez été délibérément capturé et emprisonné dans un bastion ennemi. Ce dernier est en fait un donjon que vous devrez quitter le plus rapidement possible. En début de mission, vous amorcerez une bombe à retardement contenant un puissant agent chimique destiné à détruire le donjon de l’intérieur. Il va de soi que vous devez évacuer avant la destruction du complexe, dans quoi votre action se soldera par un terrible échec morbide. 

Pour explorer le complexe, vous ne serez pas seul puisque jusqu’à 2 autres équipiers peuvent se joindre à vous. Chacun possède ses propres compétences et c’est en collaborant que vous parviendrez à vous échapper. 

Comme si cela ne suffisait pas, un éditeur de carte est disponible pour créer vos propres niveaux et les partager avec la communauté. Basé sur un système de tuiles, chacun contenant une pièce, un couloir ou un générateur d’ennemi, vous disposez d’un outil simple, intuitif et performant pour créer toute sortes d’expériences à partager. 

C’est beau, vraiment très beau 

L’Unreal Engine entre de bonnes mains fait vraiment des merveilles. Même parmi les AAA déjà disponibles, Gears 5 tire son épingle du jeu en réussissant la prouesse d’être excellent techniquement sur tous les tableaux. 

Concernant l’audio, la spatialisation est exemplaire, même sans casque et le mixage audio d’une manière générale est très immersif. Chaque petit détail de l’environnement a son bruitage ce qui permet à l’ensemble d’être vivant et crédible. La bande originale est au top, c’était déjà le cas dans Gears of War 4 d’ailleurs, et se permet même quelques écarts de temps en temps pour créer des situations inattendues. 

Graphiquement, The Coalition s’est surpassé. La franchise Gears of War offrait jusqu’ici peu d’environnements naturels, énormément de bâtiments, d’entrepôts et de villes. Ici, la nature est à l’honneur et le rendu des objets, de la lumière et des personnages fonctionne particulièrement bien. Quelque soit l’ambiance de la zone explorée, le rendu à l’écran est très flatteur et on ne demande qu’à en voir plus ! Mention spéciale aux effets graphiques à grande échelle qui sont vraiment impressionnants, les bâtiments tombent en ruine, les routes craquent et se soulève, sans que jamais l’action ne soit ralentie. 

Un bel opus qui fera date dans l’histoire de la franchise 

Gears 5 n’est pas seulement une suite, c’est une vraie bouffée d’air frais pour toute la franchise. Ce jeu démontre l’attention et le soin de Microsoft dans la création de jeux originaux pour sa console et les joueurs Windows 10. Cerise sur le gâteau, avec Xbox Play Anywhere, tout le monde peut jouer ensemble, en multijoueur comme en campagne co-op. Les récalcitrants au Microsoft Store pourront se le procurer sur Steam et les possesseurs de Xbox One X le feront tourner en 4K 60ips constant. The Coalition, je vous tire mon chapeau !