Je n’ai pas précommandé le pack fondateur ou l’édition première de Stadia. Je ne crois absolument pas en ce service. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai observé le lancement de la plateforme le 19 novembre. Oui, Google a enfin lancé sa plateforme Stadia pour ceux qui avaient précommandés le pack Founder.

Après des mois d’attente, le monde a enfin pu découvrir ce qui pourrait être le futur du jeu vidéo : un simple service dont l’accès n’est régi que par une connexion à internet. Véritable révolution pour certain, folie sans nom pour d’autres, Stadia a fait couler beaucoup d’encre, et je trouvais important d’écrire sur le sujet. En ce qui me concerne, je pense qu’il s’agit d’un service qu’il faut s’empresser d’oublier.

Le service en quelques mots

Résumons la situation. Google Stadia est une plateforme de cloud gaming permettant, en théorie, de jouer en très haute qualité sur n’importe quel appareil disposant d’une connexion à internet suffisamment robuste. Il appartient ensuite au joueur d’acheter ses jeux directement via la boutique Google Stadia. Enfin, pour jouer dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire en 4K à 60 IPS, il faudra obligatoirement passer par un abonnement supplémentaire à 10€ par mois. Les utilisateurs non abonnés pourront jouer jusqu’en 1080p et 60 IPS. Quoi qu’il arrive, vous paierez donc à minima les jeux et possiblement une extension du service.

Est-ce que ça fonctionne techniquement ?

Dans les faits, les premiers retours démontrent que oui. Google a réussi à bâtir un service techniquement performant mais qui n’est pas sans défauts. Le premier étant la quantité de données consommée pour jouer. Oubliez immédiatement Stadia sur mobile, votre forfait 50 Go de data n’y survivra pas. À raison de 20 Go de data à l’heure, vous allez rapidement devoir changer de hobby en optant pour Stadia. Vous l’aurez compris, le service s’adresse d’abord aux joueurs disposants d’une TV ou d’un PC connectés en WiFi ou en Ethernet.

Puisque l’on parle de ça, si votre connexion n’est pas fibrée, vous risquez également de ne pas avoir accès à Stadia. De nombreux retour dont celui de Digital Foundry indique qu’une connexion à 100 Mbps est idéale pour vraiment profiter de la technologie de Google. Même avec ce débit, cela n’empêche pas d’observer des ralentissements ou des saccades en jeu.

Enfin, le contrôleur fourni semble avec la fâcheuse manie de se déconnecter tandis que certains Chromecast semblent tomber en panne à force de chauffer excessivement. Théoriquement, le tout fonctionne, mais en pratique, le service ressemble plus à une béta au prix fort qu’à un service complet.

Un modèle économique étrange

À qui s’adresse Stadia exactement ? Difficile de répondre.

Pas aux joueurs réguliers, la faute à un catalogue de 20 jeux seulement déjà disponibles sur d’autres plateformes. Pourquoi racheter Borderlands 3 ou Red Dead Redemption 2 au prix fort sur Stadia lorsqu’on le possède déjà sur PC, Xbox One ou PS4 ? Pour le joueur régulier, Stadia ressemble à un retour en arrière, les jeux déjà possédés doivent être rachetés, les succès et les sauvegardes ne sont pas compatibles, la qualité de l’image et la latence en jeu ne seront pas aussi bon qu’avec une console ou un ordinateur classique.

Pour les joueurs occasionnels peut-être ? Ces derniers jouent essentiellement sur mobile à des titres très casual et souvent gratuits. Je doute fortement qu’un joueur occasionnel trouve son bonheur dans cette liste de titre, plutôt hardcore et chronophage pour la plupart :

  • Assassin’s Creed Odyssey
  • Attack on Titan: Final Battle 2
  • Destiny 2: The Collection
  • Farming Simulator 2019
  • Final Fantasy XV
  • Football Manager 2020
  • Grid 2019
  • Gylt
  • Just Dance 2020
  • Kine
  • Metro Exodus
  • Mortal Kombat 11
  • NBA 2K20
  • Rage 2
  • Rise of the Tomb Raider
  • Red Dead Redemption 2
  • Samurai Shodown
  • Shadow of the Tomb Raider
  • Thumper
  • Tomb Raider : Definitive Edition
  • Trials Rising
  • Wolfenstein: Youngblood

Reste dont ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas investir dans du matériel. Je comprends qu’un ordinateur à 1000€ ou qu’une console entre 150 et 500€ puisse faire peur. Ajoutez à cela le prix des jeux, d’abonnements éventuels et le compte est vite fait. Avec un pack clé en main à 129€, vous n’avez pas qu’à acheter vos jeux et vous lancer dans l’aventure. Seulement il y a un hic majeur dans ce raisonnement : le nombre de jeux proposé est extrêmement faible et rien ne garantit que Google soit en mesure d’enrichir son catalogue rapidement.

La concurrence se prépare

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Google a pris le risque d’entrer en premier dans l’arène. Le résultat est terrible en termes d’image de marque puisque les problèmes s’accumulent tout comme les désillusions. Malgré la puissance de l’infrastructure annoncé par Google, les jeux comme Shadow of the Tomb Raider et Red Dead Redemption 2 ressemblent plus à des versions console compressés qu’aux versions PC ultra détaillées.

Pendant ce temps, d’autres acteurs préparent l’arrivée de leur propre service. Microsoft avec xCloud, Nvidia avec GeForce Now, Sony qui a déjà sortit son PlayStation Now et Shadow, le PC dans le cloud. Pour avoir pu essayer xCloud et GeForce Now, j’ai été absolument subjugué par la robustesse technique des deux services. Les jeux que je possède déjà sont compatibles et en ce qui concerne Microsoft, le service n’occasionnera aucun coût supplémentaire si l’on possède un abonnement Game Pass Ultimate ou le jeu.

Face aux autres challengers, Stadia n’a pas l’avantage des services, du catalogue de jeu, du prix ou même de la technique. Dès lors, même si Google venait à corriger les différents problèmes de sa plateforme, elle serait certainement balayée par le raz-de-marée qui s’apprête à arriver l’année prochaine.