Que feriez-vous avec 70 milliards d’euros ? C’est la question que s’est posée l’ADL (Anti-Defamation League) au sujet de Facebook. Cette ONG américaine dont le but premier est de soutenir les Juifs contre toute forme d’antisémitisme et de discrimination fait aujourd’hui de la haine en ligne son combat. Elle considère en effet que Facebook, qui en a pourtant les moyens, n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger les utilisateurs et appelle au boycott de l’entreprise par les plus grandes marques.

La publicité en ligne de mire

Selon l’ADL, Facebook totaliserait 70 milliards de dollars de revenus dont 17 de profits. 99% des revenus proviendraient de la publicité, ce qui implique qu’en continuant d’acheter des espaces publicitaires sur la plateforme, l’ADL considère les marques comme complice du géant américain.

Plusieurs points sont en cause autour de ce sujet, à commencer par le règlement de Facebook considéré comme inéquitable lorsqu’il s’agit de discours de haine, de désinformation ou d’incitation à la violence. De même, les services de Facebook censé aider les victimes de harcèlement en ligne sont jugés inefficaces par l’ONG.

Fort de ce constat, l’ADL note que les fameux espaces publicitaires payants se trouvent régulièrement à proximité de ces contenus toxiques. Il appartient donc aux marques de protéger leur image afin qu’elle ne soit pas associée à ces contenus.

Facebook s’est-il amélioré ces dernières années ?

Toujours selon l’ADL, oui, mais faire mieux n’est pas suffisant face à l’ampleur du problème. Selon une étude réalisée par l’organisation, 42 pourcents des utilisateurs quotidiens de Facebook subirait du harcèlement sur la plateforme.

Le réseau social lui-même, d’après une étude menée par Facebook en 2016 sur l’ensemble des groupes politiques de la plateforme en Allemagne, a démontré que 64 pourcents des nouvelles abonnées à des groupes extrémistes le sont devenus grâce aux recommandations de Facebook.

D’autres exemples édifiants sont disponibles sur la lettre ouverte de l’ADL à Facebook. La plupart sont très inquiétants.

Un problème de longue date

Facebook a régulièrement été pointé du doigt pour son incapacité à modérer sa plateforme convenablement. On se souvent notamment de l’audience de son dirigeant, Mark Zuckerberg, devant le sénat en 2018. À l’époque, il était question de l’exploitation des données des utilisateurs ainsi que la capacité de Facebook à endiguer la désinformation en ligne.

Malheureusement, au terme de cette audition où le CEO de la société n’a pas témoigné sous serment, de nombreuses zones d’ombres persistaient déjà : Propriété des données des utilisateurs, exploitation par Cambridge Analytica, manipulation de masse au travers des contenus sponsorisés sont toujours d’actualité.

Un problème de longue date

Unilever (Axe, Dove, Miko, Lipton, Ben & Jerry’s et encore beaucoup d’autres) ainsi que Verizon, un opérateur majeur américain, ont déjà pris la décision de ne plus diffuser de publicité sur le réseau social jusqu’à nouvel ordre.

Samedi dernier, c’est autour de l’empire Coca-Cola de prendre ses distances avec toutes les plateformes sociales pour au moins le 30 prochains jours. On peut donc supposer que ce mouvement va prendre de l’ampleur dans les jours à venir, notamment après la vague de protestation du mouvement Black Lives Matters partout dans le monde.